Un panneau solaire avec ou sans sa batterie, une pompe à chaleur, une borne de recharge, un poêle à granulés ou une chaudière, une pièce d’éolienne, tous déjà utilisés, tous à réemployer, à remettre sur le marché. Manuella Manet a cette suite dans les idées en créant au Cateau-Cambrésis sa toute nouvelle plateforme, inédite : devenir très vite Le Bon Coin national des énergies renouvelables (EnR) par la mise en relation de vendeurs particuliers ou professionnels avec des acheteurs, particuliers et professionnels.
Deux pièces sont aménagées au deuxième étage d’un petit immeuble aveugle au cœur du Cateau-Cambrésis, dans l’ombre portée de l’imposant musée Matisse. Y flotte comme une atmosphère de jeune pousse entrepreneuriale en plein devenir, on sent l’enthousiasme des débuts, très modestes au démarrage mais avec déjà quelques soutiens bien inspirés, prêts à parier sur une promesse de croissance, sur la foi d’un nouveau marché que la jeune entreprise lancée en octobre dernier est la toute première à adresser à l’échelon national : l’achat-vente de matériels, de produits, d’équipements d’énergies renouvelables en seconde main.
Réemployer le renouvelable, il fallait le faire
« La nouvelle marketplace des EnR en France » est ainsi accompagnée par les réseaux Entreprendre et Initiative Cambrésis ainsi que par Rev3 Lab, le pilote innovation de la dynamique de la troisième révolution industrielle portée par la Région. Environ 200 000 € sont investis avec, aux manettes, une ancienne surveillante pénitentiaire passée chez Suez à Anzin et Noréade à Beauvois-en-Cambrésis en tant que responsable d’exploitation dans l’eau potable, ensuite retrouvée dans la logistique de C-Log sur la base E-Valley près de Cambrai, BTS gestion d’entreprise toujours en poche.
« Je fus alors frappée par la surconsommation textile, on travaillait pour une marque de luxe », concède Manuella Manet, convictions en bandoulière. « J’eus alors envie de plus mais mieux », dit-elle en passant à la gestion du stockage de panneaux photovoltaïques chez Solo Energie, qu’elle finira par quitter pour entreprendre et créer sa propre société.
« Beaucoup d’artisans stockent des panneaux sans savoir quoi en faire… »
Re-Use Energie engage une petite équipe, ils sont trois autour de Manuella. Deux jeunes Arthur, l’un en développement marketing, l’autre commercial aux côtés d’Eddy, plus âgé, en accompagnement commercial. La plateforme offre déjà des petites annonces à des prix garantis toujours inférieurs au neuf, « mais c’est toujours le vendeur qui fixe le prix », ajuste Manuella, lancée sur le gisement dormant des panneaux solaires. « Quel dommage d’en produire autant ! Neufs, ils sont garantis jusqu’à 30 ans et il n’y a pas d’obsolescence programmée. Aujourd’hui, un panneau est stocké ou recyclé mais peu de déchetteries les récupèrent, c’est compliqué et il y a toujours la contrainte du transport. Beaucoup d’artisans professionnels les stockent sans savoir quoi en faire, jusqu’à notre solution », vient-elle plaider.
À la façon de Vinted ou du Bon Coin
Re-Use fonctionne exactement comme Vinted ou Le Bon Coin. Deux photos, un prix, une description, le poids du colis qui sera transporté par Geodis. La plateforme a ouvert en octobre aux seuls professionnels, aux particuliers un mois plus tard. Le modèle économique est simple, une commission sur les ventes et des abonnements pour les professionnels intéressés par une boutique en marketplace. « Souvent les artisans n’ont pas le temps de déposer des annonces, nous proposons donc un abonnement premium pour faire cette annonce à leur place, leur envoyer l’étiquette du transporteur une fois le produit vendu. »
Ce réemploi des pièces et équipements d’énergies renouvelables est bienvenu dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie et du tassement des pouvoirs d’achat alors que les marchés de la seconde main jouissent – merci les grandes plateformes – d’une bien meilleure réputation que par le passé. « C’est important, on doit pouvoir sécuriser l’achat de produits techniques et technologiques, les gens peuvent être encore un peu frileux », explique Manuella. Mais comment rassurer ?
Une « appli » pour une ambition d’abord nationale
L’argent versé lors d’un achat est « séquestré » pendant deux semaines pour permettre à l’acheteur de tester ce qu’il a payé. Et les bonnes affaires s’annoncent déjà pour des EnR moins chères, suivant un modèle qui devrait très vite s’affranchir du périmètre cambrésien. Re-Use Energie lorgnait sur les marchés belges, suédois et espagnols, trois pays bien plus en avance que la France sur les énergies renouvelables. C’est finalement, en premier ressort, sur le territoire national que la solution devrait fleurir. L’application Re-Use est attendue avant la fin de ce joli mois de mai. Un partenariat avec Allô Voisins permet aux acheteurs de trouver leurs installateurs près de chez eux. Bon vent sous le soleil.