Le groupe familial de traitement de déchets de Blaringhem poursuit sa stratégie de valorisation matière pour réduire ses mises en décharge globales. Une nouvelle ligne de production de Combustibles Solides de Récupération à 11,5 M€ va permettre de livrer chaque année 75 000 tonnes de ces CSR à la toute proche cimenterie Eqiom de Lumbres, près de Saint-Omer, un pas de plus vers la décarbonation du process de ce premier client industriel.

Baudelet Environnement dispose d’une capacité d’enfouissement de 400 000 tonnes pour l’ensemble des déchets issus de ses différents sites régionaux, pour ses différents gisements de matières récupérées. « Je suis arrivé à Blaringhem en 2008, raconte Benoît Dzierszinski, directeur d’exploitation du pôle déchets. En vingt ans, j’ai vu l’enfouissement être divisé quasiment par deux au profit de la valorisation des déchets. »

Autant dire que la stratégie, encouragée par les pouvoirs publics nationaux et européens, ne fait que se renforcer au profit de la valorisation maximale des déchets.

Dernière preuve en date, avec un investissement de près de 12 M€, le groupe de la famille Poissonnier accentue son effort en se chargeant bien plus sensiblement de la question des CSR, ces refus de matières dans les centres de tri ou « combustibles de seconde vie » non dangereux et non recyclables. Qu’en faire ? Une unité de valorisation existait bien déjà depuis 2013 avec une capacité de traitement de 25 000 tonnes annuelles mais une autre dimension vient d’être atteinte avec cette nouvelle ligne de traitement pour 75 000 tonnes annuelles, donc trois fois plus de capacité et à la demande d’un seul client, le cimentier Eqiom de Lumbres, capable d’absorber un tel gisement depuis la mise en service de la nouvelle unité en juin.

Réduire encore la mise en décharge

Sortons la calculette : il faut 100 000 tonnes de déchets entrants pour produire ces 75 000 tonnes de CSR, c’est donc ainsi réduire l’enfouissement de trois quarts, en attendant que d’autres clients, hors Eqiom, viennent s’adresser à lui pour récupérer ses CSR, car il en reste, ces déchets industriels banals issus des écosites du groupe attendaient d’être mieux valorisés dans une stratégie commerciale plus affirmée, ce que permet justement la mise en place de la nouvelle ligne de production de CSR.

Les matières qui y sont dirigées sont d’abord broyées. Retrait des ferrailles et criblage matières. Retrait des éléments les plus lourds par séparation aéraulique. « C’est comme un gros ventilateur qui va pousser les matières les plus légères vers la suite du process en retenant les plus lourdes comme les grosses pierres, les métaux ou les gros morceaux de bois », explique Benoît Dzierszinski. Ensuite tri optique pour retirer le PVC et se mettre en conformité sur le taux de chlore dans les cahiers des charges clients. Puis retrait des dernières traces de métaux avant granulation à 80 mm par un broyeur équipé de couteaux. Les camions n’ont plus qu’à charger pour rejoindre la cimenterie quasi voisine, les CSR pouvant également devenir des balles comme celles, rondes, des blés moissonnés dans nos champs.

Malin et utile : décarboner ses clients industriels

La capacité de production de la nouvelle ligne de CSR est de 100 000 tonnes annuelles en plus des 25 000 tonnes de la première ligne, il y a donc encore de la marge en valorisation des combustibles de seconde vie sources de débouchés commerciaux. La nouvelle installation permet à Eqiom de décarboner son process en récupérant des matières ayant stocké du carbone, surtout en utilisant un combustible CSR à la place de combustibles issus du pétrole ou du gaz fossiles. Elle est par ailleurs alimentée en électricité autoconsommée, produite à partir de biogaz de méthanisation, composé de 40 % de méthane, le reste en azote, CO2, etc., pour environ 2 MWh sur le site mère de Blaringhem. Le message est passé à l’adresse de nouveaux clients potentiels, attendus pour leurs fours industriels ou leurs chaudières ouvertes à cette alternative énergétique décarbonée.

Le groupe Baudelet s’est diversifié en 22 sociétés avec la valorisation des déchets en cœur de métier historique depuis 1964, date de sa création à Blaringhem. Il emploie 900 personnes et réalise un peu plus de 200 M€ de chiffre d’affaires.