Produire du biogaz, on sait faire et Pierre Pollet fut le premier agriculteur de la région à injecter du biométhane dans le réseau de gaz en 2015 à Wannehain, près de Lille. Avec la volonté très actuelle de concevoir désormais un nouveau type de méthaniseur dégradant la matière organique non plus par voie liquide comme il est d’usage, mais par voie sèche. Innovant et avantageux au plan environnemental !
Refaisons très vite l’histoire. Pierre Pollet intègre la ferme familiale de Wannehain en 2009 et cherche immédiatement des sources de diversification de son activité d’éleveur. Le biogaz ou gaz vert est issu de la fermentation de la matière organique dans des méthaniseurs dont les digesteurs produisent du biométhane qui, une fois épuré, sait très bien remplacer le gaz naturel fossile dans les réseaux publics. Nous sommes en 2014 et voilà bien trois ans que le centre de valorisation organique (CVO) de Sequedin propose cette solution en métropole lilloise, par la volonté de Pierre Mauroy, président de la communauté urbaine de Lille. Les bus peuvent bien rouler au biogaz ? Pourquoi, se dit Pierre Pollet, ne pas diversifier ses sources de revenus en transformant ses effluents d’élevage en gaz vert ?
Il ignore alors, et malgré à l’époque les regards sceptiques de GRDF, que son initiative, la première en mars 2015, aboutira à faire aujourd’hui de la région la championne nationale de la méthanisation avec près de 110 unités actuellement recensées par le même GRDF, à présent résolument engagé pour parvenir à injecter 20 % de biogaz dans les réseaux d’ici 2030 (environ 5 % aujourd’hui).
La voie sèche pour moins d’impacts environnementaux
Ainsi la méthanisation est-elle devenue une véritable filière industrielle avec ses acteurs (presque tous agriculteurs) et ses process. Toujours exploitant en polyculture élevage avec 120 vaches, Pierre Pollet poursuit l’exploitation de son méthaniseur via sa société Biogaz Pévèle. Mais il est également au pilotage de CH4 Systèmes à Ennevelin, créé dès 2016 pour offrir tous types de solutions de méthanisation. Il y déploie ce qu’il considère être un avantage concurrentiel pour développer un marché du biométhane contraint par une réglementation compliquée et par une concurrence de plus en plus forte. « Le système classique que tout le monde connaît montre des méthaniseurs sous la forme de grosses cuves rondes avec de la matière sèche diluée par des liquides. Mais nous nous développons aussi sur le nouveau marché de la voie sèche avec des équipements en forme de couloirs (photo ci-dessous) », explique-t-il.
Les différences sont appréciables : moins de liquides de dilution supplémentaires importés dans le digesteur qui peut traiter davantage de matière sèche (jusqu’à 30 %, deux fois plus), limitation des intrants, transports évités, baisse des coûts de stockage, plus de biométhane injecté, meilleure intégration paysagère, moins d’empreinte foncière et de pertes thermiques, réduction de la consommation d’électricité (- 75 %) et de chauffage (- 20 %), autant dire un bien meilleur bilan carbone pour cette solution brevetée.
S’attaquer au biogaz des ordures ménagères
Le biogaz est entre trois et cinq fois plus cher à produire que le gaz naturel fossile dont l’avantage est d’être déjà présent dans la nature, sans besoin de transformation. « Le marché est devenu très concurrentiel avec des technologies éprouvées depuis longtemps », ajuste Pierre Pollet. CH4 Systèmes emploie une dizaine de personnes pour environ 10 M€ de chiffre d’affaires. Handicapés ces dernières années par un tarif réglementé de revente du biogaz trop bas, les carnets de commande reprennent des couleurs à la faveur d’un retour à la hausse de ces tarifs.
Et Pierre Pollet sait trouver d’autres sources d’opportunités pour son développement. La voie sèche peut par exemple traiter les ordures ménagères et c’est un marché tout neuf, déjà accueilli par CH4 à Ruse, en Bulgarie alors que des projets sont en consultation en Pologne. Celui de l’épuration du gaz vert est plus ancien et Pierre Pollet a créé une filiale PR Bio en 2018 en partenariat avec Ramery (40 % du capital chacun).
L’avenir du biogaz est garanti, reste à en massifier le marché
Un méthaniseur classique est en mesure de traiter en moyenne entre 20 et 30 000 tonnes de déchets organiques à l’année. L’investissement moyen est conséquent, entre 5 et 7 M€ par unité, selon les cas : attention à ne pas décourager des exploitants agricoles de plus en plus contraints dans l’élevage (beaucoup de méthaniseurs sont aujourd’hui programmées par de grands céréaliers).
Mais le sens du vent énergétique est connu. Le volume de biogaz injecté doit tripler dans les cinq ans pour atteindre les objectifs fixés par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Notre région dispose du réseau de gaz le plus conséquent et GRDF injecte le biogaz de 673 unités de méthanisation sur les 802 sites français. L’énergie qui doit à plus long terme remplacer le gaz fossile a donc un avenir grâce aux ressources d’une biomasse décarbonée.
Depuis le 1er janvier, les fournisseurs de gaz (EDF, Engie, TotalEnergies…) doivent par la PPE intégrer du biogaz dans leurs sources d’approvisionnement en le produisant eux-mêmes ou en achetant des certificats de production de biogaz (CPB) aux méthaniseurs. La massification de la production est annoncée, à condition que les marchés puissent satisfaire à la fois l’offre et la demande.
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