Quoi de neuf sous le soleil ardent ? Quoi d’important sous le jaune acide des premières marguerites d’automne ? Car enfin, en connaissance de cause, y a-t-il eu, déjà, une rentrée aussi pesante d’enjeux écocidaires ? Et de quoi parle-t-on ?
Un, l’été de tous les records. Le seuil des 40 °C n’avait été dépassé que 42 fois au siècle dernier, mais 284 fois ces vingt-six premières années d’un globe surchauffé. Le 2 septembre, l’instance environnementale de l’ONU (PNUE) constate l’échec amer de l’impossibilité de maintenir la planète sous le seuil de 1,5 °C d’élévation de la température globale par rapport aux niveaux préindustriels (1850-1900) comme l’exigeaient les Accords de Paris il y a onze ans. Voilà que c’est officiel, le nouveau rapport prend acte. Diplomatiquement, pour « sauver des vies, protéger les écosystèmes et réduire les pertes économiques ». Mais politiquement, pas de quoi émouvoir les marchés. En 2030, les Terriens produiront 120 % de combustibles fossiles en trop par rapport à la trajectoire des Accords de Paris (et 77 % de plus avec le seuil des deux degrés). Notre empreinte matière demeure climaticide, la quantité de matériaux nécessaires à notre mode de vie se fixe à 11 tonnes par an et par habitant en France alors que la science n’en exige pas plus de cinq. Au plan mondial, on extrait toujours deux fois plus de matériaux (gravats, sables, métaux…) par rapport à la capacité de régénération de la planète.
Abondance de biens nuit
Les nouveaux Temps modernes sont résolument ceux des dépassements, c’est comme pour l’énergie : plus de 60 % de celle consommée dans le monde est encore d’origine fossile, les émissions ne faiblissent pas (elles devraient faire – 5 % en France chaque année, on en est encore très loin) alors que l’Union européenne réclame de réduire les rejets de C02 de moitié d’ici à 2030. Injouable ? En France, les cinquante plus gros émetteurs industriels devront faire chuter leurs rejets de 70 % dans le même temps. Impossible ? La décarbonation est certes en route et le technosolutionnisme à l’œuvre. Mais il faut entre 50 et 70 tonnes de matériaux pour fabriquer une seule voiture électrique. Ou 250 kilos de CO2 pour un seul mètre cube de béton, l’équivalent de 100 litres de diesel. Ou la production d’une seule tranche nucléaire de Gravelines pour électrifier un four d’ArcelorMittal à Dunkerque.
Deux, l’intelligence artificielle pourrait tous nous tuer avant la fin de la prochaine décennie, c’est l’autre actu choc de la rentrée. Data center ou « cata » center ? Les Big Techs elles-mêmes viennent de paniquer en imaginant leur créature IA vivre sa vie sans elles, contre elles et leur valorisation boursière. Quant aux data centers, les centres de données serviteurs de l’IA, c’est la curie. Plus de 50 milliards d’euros sont par exemple annoncés en région. À Escaudain, c’est 700 MWh sur l’ancien site Usinor, l’équivalent de la consommation électrique de la ville de Marseille. Sur l’ex-base aérienne toute proche de Cambrai, le mégaprojet d’E-Valley concerne à partir de 2029 deux fois 40 MWh pour commencer, l’équivalent de la consommation d’une ville de 80 000 habitants (objectif 380 MWh). Et heureusement que notre électricité est en grande partie décarbonée par le nucléaire et l’éolien !…
La faim d’un système
Nous voilà face à une autre course au gigantisme, une prime supplémentaire aux giga-investissements dans une nouvelle gigafilière après celle des batteries lancée il y a trois ans dans le Nord – Pas-de-Calais. Mais un et deux faisant trois, le déploiement hypnotisant de l’IA a largement de quoi réalimenter la puissance du système capitaliste actuel, fondé pour faire très simple sur l’accumulation du capital au profit d’une maximisation des profits pour quelques oligarchies économiques et financières mondialisées, sur la double base d’une hyperconsommation de masse et d’une surexploitation de la nature. C’est remettre un sou dans la machine du business as usual au moment où de plus en plus de voix s’élèvent contre ses excès.
Nous y sommes. La fin de l’abondance dans un monde de plus en plus pénurique, l’exigence de sobriétés nouvelles, collectivement admises et débattues, la massification industrielle de solutions frugales en ressources naturelles (matières, énergies), l’inspiration de la nature pour indexer sur le développement au respect des limites planétaires, presque toutes dépassées, c’est de ceci et de cela que l’Eco Dynamo va continuer à mettre en valeur dans notre région, parmi les plus légitimes pour porter ces combats.
« Les arbres se plantent, l’Humanité aussi », dit François Morel. Nous souhaitons une belle rentrée courageuse et solaire, désirable et exemplaire, à celles et ceux qui, par leurs projets ou leurs idées, creusent encore le limon fertile d’un nouveau modèle économique à faire éclore dans les Hauts-de-France. Pourquoi le ciment n’est-il pas davantage bas carbone ? Pourquoi le recyclage des matériaux ne dépasse pas 10 % des volumes produits ? Pourquoi le réemploi (zéro carbone) ne connaît pas encore partout l’essor qu’il amorce enfin dans le bâtiment et les travaux publics ? Pourquoi une économie plus circulaire tarde-t-elle finalement à s’imposer ? Les batteries, les plastiques, les métaux critiques, l’eau, les déchets de la déconstruction, les sédiments ou le textile disposent de filières, d’acteurs publics mandatés, d’industriels qualifiés, d’entrepreneurs ambitieux. À eux la parole ! Vite !