Opacité, déficit d’informations… Le colossal secteur éminemment stratégique des pièces de la Tech mondiale brille toujours par son manque de transparence quant à ses impacts environnementaux réels. À Lambersart, le cabinet d’analyse en cycle de vie WeLOOP s’engage dans la cocréation unique en Europe d’une base de données publique capable de mettre enfin en lumière la nature et les effets des composants électroniques.
Les wafers (« tranches » en français), personne ne les connaît, ils sont pourtant les éléments de base nécessaires à la fabrication des puces électriques et électroniques. Ce sont de petites couches très fines de silicium, des plaques de matériau semi-conducteur qui permettent à la machine numérique de fonctionner alors que la Chine, l’un des pays les plus opaques de la planète, détient plus de 70 % du marché du silicium mondial. Diablerie !
Comme pour les écrans, les capteurs optiques, les disques durs ou les circuits imprimés, impossible en réalité de disposer de données environnementales fiables, comparables, ajustables. Il existe entre 15 et 100 wafers dans nos ordinateurs, téléphones portables, appareils électroménagers, etc. Mais comment sont fabriqués la plupart des composants électroniques ? Suivant quelles étapes ? Pour quelle consommation d’énergie (et laquelle) ? Par exemple, quelle quantité d’hélium est nécessaire et à quelles conditions pour alimenter l’industrie électronique mondiale, cet hélium qui passe en majorité par le détroit d’Ormuz le long des côtes iraniennes ?
Une première base de connaissances en Europe
« C’est là que nous intervenons », explique Naeem Adibi, président de WeLOOP, cabinet conseil lambersartois devenu l’une des références européennes sur l’analyse du cycle de vie (1) au service des industriels, notamment dans le bâtiment et l’automobile (pour les batteries de véhicules électriques). WeLOOP vient d’être désigné lauréat d’un appel à projets de l’ADEME pour France 2030. Ce programme naKnow regroupe six partenaires, dont des concurrents de WeLOOP, pour établir ensemble la première « base de connaissances de cycle de vie ouverte, cohérente, actualisable et interopérable sur les composants clés du numérique ».
« Les industriels français et européens, comme tous leurs consultants, ont besoin de connaître la composition des composants, précise Naeem Adibi. Cette connaissance existait dans les années quatre-vingt-dix parce que les composants étaient fabriqués en Europe, ce qui n’est plus le cas, et de surcroît dans des pays qui ne communiquent pas sur leurs données environnementales.
Un Wiki en libre accès de la connaissance des composants
Le programme naKnow se conçoit comme un « Wiki de la connaissance des composants » en tant que base publique à l’adresse des industriels ou des chercheurs. WeLOOP intervient sur la reconnaissance de la matière afin de définir les formulations capables d’identifier par exemple les métaux stratégiques ou les terres rares contenus dans les composants électroniques. L’objectif est de développer des modèles paramétrables et in fine, d’encourager la prise de souveraineté industrielle dans les productions numériques.
Pour aller vite et bien, la plateforme naKnow sera collaborative. On y retrouve, aux côtés de WeLOOP, Evea (ACV sur les équipements électroniques), TND (expert en métaux stratégiques fondé à Quesnoy-sur-Deûle par le regretté Christian Thomas), Resilio et Hubblo pour la connaissance des métiers et les process de production, ainsi que Tide (formations à l’ACV).
L’accès libre est attendu, dans la perspective de création d’une référence commune, les ACV sur le numérique étant encore à ce jour très imparfaites par manque d’informations fiables sur les données techniques.
Un appel à la mobilisation générale
Une association est en cours de création entre les six partenaires pour exploiter les ressources de la nouvelle plateforme au niveau européen, WeLOOP y jouera un rôle central. Les industriels, les laboratoires et les institutions internationales sont d’ores et déjà invités à y participer par la gouvernance, la mise à disposition de données critiques, par des contributions à des projets de recherche en commun, par des adhésions, du mécénat de compétences…
NaKnow va fournir à tous des données d’inventaire du cycle de vie (ICV) issues d’une revue de littérature scientifique, d’une modélisation des procédés industriels et d’analyses en laboratoire. Cela ressemble bien à une tentative salutaire de reprise en main après que la vague mondialisatrice des années 2000 a éloigné du Vieux Continent la conception et la fabrication des éléments électroniques qui déterminent pourtant chaque jour sa puissance et son avenir numériques.
(1) L’ACV est l’étude du cycle de fabrication d’un produit, de son écoconception à sa fin de vie. C’est l’outil le plus abouti en matière d’évaluation globale et multicritère des impacts environnementaux.