C’est un outil supplémentaire que nous dévoilons aujourd’hui au service des territoires et des entreprises de la région, forgé par Nicolas Hernigou dans son agence Cohérence Energies, spécialiste historique de l’autoconsommation collective à Pérenchies. Sa toute nouvelle filiale Tandem Enr accompagne les projets d’investissement dans ce domaine encore émergent, avec une toute première opération de centrale solaire à Wailly-lès-Arras. Rendez-vous le 16 septembre pour l’inauguration.
Le circuit court dans l’énergie solaire, consommer le soleil produit à deux pas de chez soi, c’est une demande de plus en plus forte qui se matérialise dans des projets de boucles énergétiques locales. C’est aussi l’un des cœurs de métier de Nicolas Hernigou, acteur historique du solaire dans les Hauts-de-France.
Sur le toit de ses bureaux à Pérenchies, quelques panneaux solaires produisent non seulement pour les besoins en électricité de son agence de conseil Cohérence Energies, mais aussi pour la pharmacie voisine, un commerce de vrac et bientôt la boulangerie et une maison de retraite, sans oublier les parkings sous ombrelles de la MEL dans la commune. C’est vertueux et sous contrat, conventionné avec Enedis pour la distribution à des prix compétitifs par rapport à ceux du réseau traditionnel, l’autoconsommation partagée (ou collective) pouvant garantir de 10 à 20 % d’économies annuelles sur facture.
Le partage de l’énergie solaire en structuration
Cohérence Energies emploie douze personnes pour 600 000 euros de chiffre d’affaires, en légère progression. Créée en 2007, l’agence passe les crises et les soubresauts d’un marché du solaire à nouveau fortement contrarié. Déperlance et opiniâtreté… Les missions d’assistance en maîtrise d’ouvrage, la prise en main de chantiers clé en main, le travail sur les cahiers des charges ou les audits permettent de faire avancer à bas bruit le petit monde d’une nouvelle manière de produire et de consommer des énergies renouvelables, dans l’éolien, la géothermie mais surtout dans le solaire.
À Rennes, l’agence a créé une structure juridique avec actionnaires publics-privés pour accompagner la création d’un parc d’activité solaire. À Calonne-Ricouart, plusieurs bâtiments communaux sont reliés entre eux pour partager l’énergie solaire. À Roost-Warendin, le bureau d’études environnementales Auddicé souhaite vendre ses surplus d’énergie solaire dans les communes voisines, ce que permet la loi dans les zones peu urbanisées. À La Madeleine, toujours sans intermédiaire, cinq bâtiments équipés de panneaux produisent pour 45 autres bâtiments non équipés mais consommateurs, c’est l’une des plus grosses opérations d’autoconsommation collective du pays.
Boucher les trous dans la raquette solaire
Mais comment aller plus loin ? « La liste d’attente s’allonge pour la demande, il faut que l’offre puisse suivre en produisant davantage en autoconsommation, explique Nicolas Hernigou. On a beaucoup de petits terrains, des petits délaissés fonciers qui n’intéressent pas les grands énergéticiens. Ce sont des trous dans la raquette car il n’y a pas d’acteurs pour gérer l’accompagnement de projets sur ces espaces souvent sans le moindre usage. »
Cohérence Energies vient donc de créer une filiale Tandem Enr pour l’aide à l’investissement dans le partage du solaire. Une première réalisation permet de valider le concept avec un premier site de production à Wailly-lès-Arras, au sud d’Arras, sur les 5 000 m2 d’une ancienne décharge, dont la moitié occupés depuis mars par une centrale solaire. Le projet est piloté par la Communauté urbaine d’Arras (CUA) pour un investissement bancaire global de 300 000 € supporté par Cohérence Energies qui gèrera l’exploitation clé en main via Tandem Enr, avec un retour sur investissement d’environ douze ans.
L’Alouette solaire devrait vite prendre son envol
« Nous avons donné un nom à ce beau projet, l’Alouette solaire, du nom de la rue qui mène à la centrale, précise Nicolas Hernigou. C’est un projet sans aucune subvention publique, une première en région à cette échelle et sous initiative privée. »
Une chaîne d’intégration verticale est construite pour produire environ 320 000 kWh sur un an, injectés dans le réseau public et commercialisés en autoconsommation collective pour des clients professionnels de type supermarchés, entreprises de zones industrielles, entrepôts frigorifiques, hôtels, commerces, etc. L’ Alouette solaire produit déjà pour la station d’épuration gérée sur la commune par la Société des Eaux du Grand-Arras et « une dizaine de clients consommateurs suffirait pour la centrale », ajuste Nicolas Hernigou qui cible les projets de taille intermédiaire dans la région (des montages sont en cours et des discussions bien engagées dans le Dunkerquois, à Fourmies ou dans l’Arrageois).
L’ombre menaçante du « décret solaire »
La création de Tandem Enr intervient pourtant au moment où le marché du solaire est à nouveau en grande difficulté. « La filière traverse une période d’extrême brouillard avec à la fois une incitation à produire et consommer des énergies renouvelables et des freins réglementaires pouvant bloquer de nombreux projets », déplore-t-il. Le solaire est en surproduction, la volonté gouvernementale d’électrifier massivement les usages domestiques et industriels ne donnant pas jusqu’à présent la dynamique espérée.
Dernier acte, ce projet de « décret solaire » qui pourrait brider partout l’essor de l’autoconsommation, pourtant plus de 2 000 opérations en service en France, un doublement en un an, et une forte demande sociétale et citoyenne. Le décret attendu ne permettrait plus aux partenaires locaux de choisir la répartition de l’énergie produite, assorti d’un blocage des opérations pendant huit ans (on ne pourrait plus ajouter ou soustraire un consommateur ou faire évoluer les sites de production).
Ambiance… « C’est une vraie menace pour tous les acteurs de l’autoconsommation collective, elle contredit les objectifs européens et même nationaux de promouvoir les énergies décarbonées », alerte Nicolas Hernigou. Affaire à suivre. Longue vie ensoleillée à Tandem Enr.