La montée en cadence de la première usine de liants très bas carbone pour le ciment vient de boucler une levée de fonds de 17 M€ pour sécuriser ses investissements et déjà doubler ses objectifs de production près de Senlis, moins de six mois après son début d’activité. Une contribution sensible de notre région à massifier le recours à un béton 90 % moins carboné dans la construction.
« C’est un gage de pérennité et un message que les acteurs du ciment décarboné adressent aux majors mastodontes de la filière : nous sommes là pour durer, le vent de l’histoire nous est favorable. Le ciment est une catastrophe pour le climat par ses émissions de gaz à effet de serre au moment de sa production en cimenterie. Et on applique les mêmes recettes depuis quarante ans. Nous montrons aux cimentiers qu’un ciment bas ou zéro carbone pourrait assez rapidement devenir la règle… »
Christophe Deboffe se rassure, en effet. Le fondateur de NeoEco, l’agence référente de la valorisation des ressources naturelles à Hallennes-lez-Haubourdin, avait monté de toutes pièces et en moins de trois ans une usine NeoCem capable d’offrir à Saint-Maximin, dans le sud de l’Oise, une alternative désirable, réalisable et rentable aux géants cimentiers toujours mal engagés dans la réduction significative de leurs émissions de carbone.
L’argile, l’avenir certifié d’un autre béton
Pour sa part, le dirigeant nordiste est à l’origine d’une toute nouvelle filière de traitement du ciment dont le clinker, extrêmement émissif en carbone, est remplacé par de l’argile calcinée, un matériau des plus naturels de surcroît réemployé, issu de chantiers locaux.
Circularité garantie ! Le clinker est le composant principal du béton. Composé d’argile et de calcaire, il sert de « colle » pour lier les autres composants du béton (eau, sable, graviers). À Saint-Maximin, les 21 salariés font chuter la quantité de ce clinker pour la promesse de 95 kilos de CO2 par tonne de ciment produite, neuf fois moins qu’un ciment ordinaire qui culmine toujours à 850 kilos de carbone à la tonne.
Se donner les moyens de son développement
Plus de 30 M€ ont déjà été engagés depuis les premières opérations de recherche-développement en 2017. L’usine (notre photo) a commencé à produire en fin d’année passée, elle monte en cadence vers une capacité de 100 000 tonnes annuelles, capacité qui serait doublée grâce à l’apport d’une levée de fonds que l’éco Dynamo est en mesure de révéler.
Dix-sept millions d’euros sont en effet engagés par un fonds bancaire à impact afin d’accélérer le déploiement de la nouvelle technologie de liant bas carbone par argile calcinée. Une technologie toute prête à l’emploi, imaginée sur la base d’essais de centaines de formulations par NeoEco et qui ne demande qu’à se déployer dans l’univers cimentier. « Cette levée de fonds nous offre du temps pour la montée en cadence, elle va nous permettre de nous installer durablement dans le paysage », explique Christophe Deboffe…
Le bas carbone encore longtemps indésirable ?
En ligne de mire, c’est donc la possibilité de sortir 200 000 tonnes de ciment avec 90 % de C02 en moins, une contribution conséquente à la décarbonation du secteur de la construction.
Des géants du secteur ne s’engagent pas encore corps et âme dans la décarbonation massive mais la situation est en passe d’évoluer et les acteurs bas carbone trouveront de nouveaux gisements lorsqu’il leur sera permis d’utiliser les liants alternatifs dans les bétons de structure.
« Par ailleurs, ajoute Christophe Deboffe et c’est le second frein, il apparaît encore inimaginable pour de nombreux bureaux d’études ou maîtres d’œuvre de faire autrement qu’avec du ciment traditionnel, d’autant que la grande majorité des entreprises du bâtiment rechignent à changer leurs habitudes et, en général, n’aiment pas prendre de risques. »
De nouvelles cimenteries alternatives
Plus de six milliards de mètres cubes de ciment sont produits chaque année dans le monde, 200 m3 à la seconde, pour 7 % à lui seul des émissions de gaz à effet de serre mondiales responsables de l’emballement climatique. C’est un doublement en vingt ans alors que les continents africain et indien commencent seulement à bétonner leurs villes et leurs campagnes : d’après l’Agence internationale de l’énergie, la demande de ciment est acquise à la hausse de 45 % d’ici à 2050 à l’échelle planétaire.
Décourageant ? Le modèle de développement de NeoCem va s’appuyer sur des partenariats en France et à l’international, notamment sous la forme de joint-ventures. Objectif : monter de nouvelles usines comme celle, pionnière, de Saint-Maximin, Hauts-de-France. La prise d’un béton sans carbone est encore loin d’être assurée, mais les acteurs bas carbone se mobilisent. Et agissent.
À lire aussi :
Alerte contenu illicite – cliquez ici






