Directrice générale de la société de services numériques Norsys à Ennevelin (plus de 600 salariés), elle vient de prendre la présidence nationale du CJD, influente école de jeunes dirigeants. Sa récente tribune dans Le Monde est un plaidoyer singulier pour « d’urgence diriger, produire, consommer et gouverner autrement ».

Il s’agirait d’une lettre ouverte patronale aux candidats à l’élection présidentielle que l’on ne s’étonnerait pas de ladite lettre et de l’esprit de l’interpellation d’un réseau de 6 000 dirigeants de petites et moyennes entreprises identifié dans l’univers patronal comme l’un des plus inspirants laboratoires d’idées entrepreneuriales depuis sa création en 1938.

« Nos responsables politiques continuent de traiter le changement climatique comme une succession de crises », titre Mathilde Durie. « Nos modèles économiques dominants, linéaires et extractivistes sont l’une des causes du dérèglement climatique, ajoute-t-elle. Ils doivent donc faire partie de la réponse. Les très petites entreprises et les petites et moyennes entreprises ne sont pas à l’origine de ces modèles, mais elles en dépendent. »

Rien ne bouge, tout doit bouger ?

La tribune l’affirme, « nos politiques publiques restent en deçà de la situation. L’Etat continue à soutenir, à financer et à acheter sans tenir compte des modèles économiques. Les outils ne manquent pourtant pas pour évaluer et qualifier les entreprises à soutenir et celles qu’il faut inciter à se transformer : bilan carbone, normes de reporting extrafinancières, diagnostics de Bpifrance… Mais ils ne sont pas utilisés pour piloter les politiques publiques. » Publié le 2 septembre, le texte se veut « une réponse sincère aux événements climatiques de cet été, et pas seulement une simple réaction aux incendies et aux canicules », explique Mathilde Durie.

Retour au texte : « Les modes de production classiques qui dominent toujours notre économie ne permettent plus de garantir un revenu digne et une progression du niveau de vie au plus grand nombre. Comment ne pas faire le lien avec la défiance qui s’exprime vis-à-vis de nos responsables politiques nationaux, alors que rien ne laisse présager une amélioration nette des conditions d’existence, de travail et de protection des terroirs, malgré les mobilisations (marches pour le climat, pétition contre la loi Duplomb pour l’agriculture…), les alertes des scientifiques et les expérimentations de nouvelles façons de faire qui ne passent jamais à l’échelle ? »

Attendre le gouvernement ou les plus riches ?

Quelques députés ont pris contact avec le CJD suite à la parution, comme la présidente de la Région Aquitaine, en première ligne sur les feux de l’été. Si Mathilde Durie ne signale aucune réaction chez les « grands élus » des Hauts-de-France, son témoignage n’en a pas moins la valeur d’un véritable engagement, en tout cas revendiqué comme tel. « Tout nous donne envie de réagir, assure-t-elle en effet. On n’attend pas le gouvernement ou les plus riches pour agir, rien ne bouge d’année en année, il ne faut pas s’arrêter de s’engager car les dirigeants des plus petites entreprises sont démunis par rapport à la crise climatique qui provoque les crises économiques et sociales. »

La nouvelle présidente pointe une « fatigue d’accumulation de crises » chez ses membres adhérents. Une conférence sociale sur le travail pilotée par le CJD aura lieu en décembre à l’Assemblée nationale. Les questions de partage de la richesse, de préservation de la planète et des humains y seront abordées.

Dans son entreprise d’Ennevelin, Mathilde Durie intègre et applique les principes de la permaentreprise, un nouveau mode de développement qui tend à prendre soin de la nature et des hommes, dans le cadre des limites planétaires, tout en créant de la valeur. Ce principe fut imaginé et déployé par Sylvain Breuzard, président du groupe Norsys… et ancien président national du CJD où il fut le premier, il y a vingt ans, à promouvoir le concept alors très balbutiant de « performance environnementale » dans les entreprises.