La transition numérique n’a rien d’écologique. Le modèle écrasant de ses plateformes tentaculaires oppresse nos modes de vies devenus dépendants de leurs algorithmes dans l’alimentaire, les mobilités, les livraisons, les services de partage… Sauf qu’une très prochaine conférence pilotée à Lille par le réseau APES des acteurs de l’économie sociale et solidaire nous indique un autre chemin, une autre voie possible que celle du modèle capitaliste des GAFAM et consoeurs. Notre région n’est pas avare en plateformes numériques coopératives. Leur contribution plus responsable à la révolution digitale en cours ne doit pas être négligée.
« Penser notre dépendance aux plateformes numériques et leurs impacts », titre cette conférence menée le jeudi 5 mars au Bazaar Saint So à Lille (18h-20h, 292 rue Camille Guérin). Son outrecuidance tient déjà au simple fait d’évoquer une alternative possible au rouleau compresseur des géants numériques des livreurs à vélo, sites de vente en ligne ou de covoiturage, son culot contredisant presque l’évidence de leurs monopoles et de leur enracinement dans l’imaginaire marchand de nos sociétés. Bigre !
« Et pourtant, on peut faire autrement qu’Amazon, AirBnB, Blablacar ou Uber », soutient Joackim Lebrun, directeur de l’APES à Lille. Ce réseau d’accompagnement du modèle économique social et solidaire régional a mis en place un portail de promotion de 21 plateformes coopératives locales au sein de Nosdéclics.org, toutes initiatives qui nous invitent joyeusement à penser autrement et collectivement à l’impact de nos comportements d’achats (et de ventes) sur Internet.
La richesse des différences
Le CourtCircuit est ainsi un site de courses en ligne, en direct des producteurs et artisans de la région. Rustine Libre permet de trouver un créneau pour la réparation de son vélo dans un atelier près de chez soi. Casamiam propose le click and collect pour les agriculteurs ou artisans. Citiz est une solution d’autopartage responsable, Mobicoop est une application de covoiturage en logiciel libre. Shareathlon propose de prêter des articles de sports entre sportifs occasionnels. Montasdebois permet de trouver du bois ou des palettes, Inventaire est une méga bibliothèque citoyenne, Les oiseaux de passage un guide numérique pour voyager autrement, etc.
Ces plateformes coopératives en ligne proposent une gouvernance inclusive, un partage de la valeur, la production de communs, une éthique des données, une coopération entre les acteurs. Les plateformes libérales traditionnelles sont très loin de cette économie de partage et d’écocitoyenneté. Elles fixent les règles et les conditions de travail, prélèvent de la valeur et négligent leurs impacts sur les hommes et l’environnement, donc sur le climat.
Un temps asphyxiée par le tourisme de masse généré par les plateformes numériques, la ville de Barcelone fut l’une des premières grandes villes à réagir en organisant une riposte plus éthique. Une dynamique écosystémique y a pris souche, comme une petite révolution, presqu’une curiosité touchant berlin, Paris ou Bruxelles, comme bien d’autres territoires plus locaux, notre région des Hauts-de-France comprise.
Pas de fatalité numérique
La conférence de ce 5 mars à Lille proposera une réflexion collective autour de ces enjeux avec Maud Sarda, directrice générale de Label Emmaüs, site de vente en ligne de plus de deux millions de produits, Amélie Deloche, cofondatrice de Paye ton influence pour influencer les très influents influenceurs et les responsabiliser, Véra Vidal pour La Coop des Communs qui regroupe de nombreuses communautés d’échanges et de production en France ainsi que Diane Krafft, fondatrice de Tipimi à Lille, un site qui permet de prêter et d’emprunter de nombreux objets près de chez soi.
Autant de clés pour alimenter un regard critique sur nos modes de consommation grégarisés. Un sondage Ipsos BVA de décembre dernier indique que pour 85 % des 18-34 ans, les plateformes en ligne occupent une place prépondérante dans leur quotidien, qu’elles profitent trop des données personnelles (80 %), qu’elles exposent les mineurs à des risques graves (85 %), qu’elles ont un impact négatif sur les comportements individuels (73 %) et sur le fonctionnement de la démocratie (60 %).