Le président de la fédération régionale du recyclage affiche un optimisme confiant en dépit d’un contexte international et national tendu sur les marchés des différentes filières, la plupart impactées par la concurrence des matières vierges issues d’un pétrole encore bas.

Votre fédération, au plan national, explique que l’Europe affiche un recul de 24 % du taux de circularité de son économie, taux établi à 7 % en début d’année contre 9 % en 2018, et ce malgré des hausses globales de recyclage en volume, toujours en Europe. Comment expliquez-vous cette tendance à la baisse des taux de valorisation ?

« Le contexte international est tendu avec la guerre commerciale sur les tarifs douaniers, la hausse des droits de douane nous impacte massivement. Les échanges mondiaux sont troublés et la situation politique en France crée beaucoup d’instabilité. C’était déjà bien compliqué avec plus de 12 000 pages de textes réglementaires en plus en cinq ans et les sujets de préoccupation sont nombreux. Je pense à l’acier recyclé par exemple. Où iront les surplus de production avec cette volonté de fermer les frontières ? Les prix de l’acier recyclé ont fortement baissé au premier semestre, après une hausse l’hiver dernier, cette baisse étant liée à la crise de l’industrie sidérurgique.

Je pense aussi au recyclage du plastique, en souffrance avec un prix du pétrole bas qui impacte fortement la compétitivité des matières issues du recyclage. La loi veut imposer 25 % de PET recyclé dans les bouteilles et les Chinois veulent s’emparer du marché, de cette aubaine. La France n’est pas protégée par des prix chinois beaucoup plus bas, avec des cahiers des charges nettement moins-disants sur les normes sociales et environnementales. Pour les déchets du bâtiment, avec des volumes considérables, on observe une baisse de la demande de métaux (- 20 %), de plastiques (- 20 %), de papiers-cartons (- 30 %), le bois et le verre restant stables.

Quant au textile, il est en crise. Le marché de la seconde main récupère toute la belle matière, l’Afrique n’accepte plus le bas de gamme et la qualité du gisement continue de se dégrader. C’est difficile, face à l’ultra fast fashion notamment, de trouver des débouchés pour les recycleurs, les collectes deviennent de plus en plus compliquées. La France essaie de maintenir des prix à la tonne corrects via son éco- organisme Greenfashion  et on travaille dans les Hauts-de-France à créer un centre de traitement industriel des textiles usagés, conformément à la nouvelle politique régionale de l’industrie circulaire (votée à Lille ce 20 novembre, NDLR). Nous étions historiquement les champions de la production en amont, nous voulons devenir les champions de l’aval en offrant de nouvelles vies à nos textiles, suivant le modèle du Relais à Bruay-La-Buissière, l’un des plus gros collecteurs et recycleurs de France. »

Nous aurions donc des réponses en région à ces difficultés de marchés globaux ? 

« En effet. Nous pesons déjà un bon poids avec 280 entreprises et 4 000 salariés dans douze filières, ce n’est pas rien. Nous emmenons de beaux poids lourds comme Galloo, Derichebourg, Paprec, Veolia ou Baudelet. Nous engageons surtout, principalement, de belles affaires familiales dans des PME dynamiques sur de nombreuses activités de niche. Par exemple, dans notre entreprise Lumiver à Seclin, nous investissons 1 M€ pour structurer et déployer le marché du recyclage des batteries de clôtures électriques. La cinquantaine d’adhérents de FEDERREC pèse plus d’un milliard d’euros de volume d’activité et 63 M€ d’investissements dans les entreprises, c’est donc important, environ 10 % du marché national. En région, le recyclage va globalement bien, malgré tout… Avec ce souci que beaucoup de contrats sont unilatéraux, cela crée un problème d’équité, les professionnels étant souvent sous-payés pour la collecte, ce qui peut provoquer des situations de blocage. Les producteurs doivent assurer la récupération et le recyclage des produits émis sur le marché. Ils adhèrent à leur éco-organisme qui doit mettre en place cette responsabilité élargie des producteurs (REP) en lançant des appels à projets pour les recycleurs, sur leurs territoires pour la collecte, le tri et le recyclage. FEDERREC soutient les REP bien sûr mais nous souhaitons davantage d’équité avec les industriels. Les recycleurs, c’est nous, pas les éco-organismes qui ont un énorme pouvoir. »

FEDERREC rassemble les recycleurs mais vient de s’ouvrir au réemploi ? Pourquoi ?

« Nous avons ajouté un R à notre sigle, R pour réemploi car la demande est de plus en plus présente. C’est une dynamique nouvelle et nous devons l’accompagner du mieux possible. Nos recycleurs disposent en région de 32 millions de tonnes de gisements pour une économie de 24 millions de tonnes de CO2 et nombreux sont ceux qui veulent faire du réemploi qui est zéro carbone. Nous avons inauguré il y a deux ans notre école nationale du recyclage (EN2R à Lomme, dans le village de l’AFPA), nous travaillons à ouvrir une école du réemploi en espérant que nos chefs d’entreprise, qui ont souvent des formations en interne, accepteront de nous confier leurs collaborateurs à former à Lomme. »