Ce qui est devenu la plus grande plateforme de lavage de déchets de chantiers de France avait été lancé en grande pompe en septembre dernier par la famille Vandeginste, entreprise régionale de travaux publics. La valorisation des matériaux recyclés à Ennetières-en-Weppes, près de Lille, évite l’enfouissement et les transports carbonés : une petite révolution est en marche.

Après les mines, les carrières urbaines. Comment trouver un exutoire environnemental aux 4 millions de tonnes de matériaux inertes, gravats, sables, terres ou gravillons extraits chaque année et rien que dans le Nord par les nombreuses entreprises de bâtiment et de travaux publics ? La mise en décharge est onéreuse (entre 8 et 15 € la tonne), comme les coûts de transport entre les sites (jusqu’à 70 € de l’heure de camion).

Il y a tout juste 30 ans que Guy Vandeginste avait fondé TNRV, à présent 250 salariés dans les travaux publics autour du siège de La Chapelle-d’Armentières, un groupe familial prospère et référent autour de sa holding BGS, 33 M€ de chiffre d’affaires. Les deux fils, Steeve et Benjamin, se posent alors récemment les bonnes questions pour créer la nouvelle chaîne de valeur qui parviendrait à limiter, voire supprimer l’enfouissement de leurs inertes souvent issus de leurs ouvertures de tranchées. « La solution est vite apparue avec le traitement par voie humide, explique Benjamin, mais il fallait prouver que les matériaux recyclés, issus des terres excavées, allaient être aussi bons, voire meilleurs que les matériaux d’extraction en sites naturels ».

200 tonnes à l’heure

L’inauguration de ValdEau’Mat le 6 septembre dernier sur la zone industrielle d’Ennetières-en-Weppes est alors vécue comme un véritable petit événement dans l’univers encore relativement cloisonné des acteurs minéraux.

Un objectif de traitement de 200 tonnes de déchets à l'heure.

L’ambition est posée alors que le nouveau centre de traitement monte en puissance : déjà 2 500 tonnes de terre entrent et sortent du site chaque jour pour un objectif de 4 000 tonnes d’ici fin 2025. En pleine capacité annuelle, la plateforme annonce la prise en charge de 400 000 tonnes de déchets inertes de chantiers, soit 200 tonnes à l’heure, de quoi éviter l’extraction de 225 000 tonnes de matériaux naturels. Le gisement à recycler est d’abord celui de la famille Vandeginste, à travers ses nombreux chantiers de travaux publics, mais il s’est rapidement élargi à d’autres déchets d’autres sociétés dans un périmètre de 50 km autour d’Ennetières-en-Weppes, ciblant d’abord le marché de la métropole lilloise.

 Lavages en eaux de pluie recyclée

L’investissement est conséquent (16 M€), soutenu par l’ADEME (250 000 €) et l’Agence de l’eau (80 000 €). L’économie circulaire est à l’œuvre, le site livré par le groupe irlandais CDE est équipé en sous-sol d’une vingtaine de cuves de récupération d’eaux pluviales, assurant trois mois d’autonomie du site sans qu’il pleuve avec 3 200 m3 stockés en circuit fermé et une eau de process recyclée à 96 %.

Les matériaux retraités sont recalibrés après des phases de tri, lavages, dragage, filtrage des boues et dépollutions pour les terres. Une station de contrôle automatique gère les niveaux de granulométrie, cailloux et gravats sont destinés en fin de cycle au drainage en réseaux d’assainissement, les sables étant dédiés aux remblais avec chaque fois, des produits de grande qualité.

Benjamin Vandegiste, dirigeant de Vald'Eau Mat

« Nous souhaitons convaincre les collectivités locales et les pouvoirs publics que nous pouvons nous substituer aux carriéristes, au moins en partie »

Benjamin Vandeginste

 

Au final, ValdEau’Mat tient ses deux avantages principaux : d’abord faire des économies en évitant des coûts de mise en décharge plus élevés que les coûts de valorisation. Ensuite bâtir un nouvel écosystème de carrière urbaine qui emmène un réseau d’acteurs régionaux de l’économie circulaire dont, dès l’origine, Néo Eco et Christophe Deboffe à Hallennes-Lez-Haubourdin en ingénierie de projets (analyse des matières, autonomie énergétique à 70 % par le solaire…) ou Recynov, Jérémy Coudrais à Haubourdin pour la fourniture de gisements, Frédéric Motte pour la politique régionale Rev3 ou Frédérique Seels avec le pôle Cd2e de Loos-en-Gohelle.

La carrière urbaine la plus proche en traitement par voie humide était celle de Saclay, au sud de Paris. ValdEau’Mat devrait employer une douzaine de salariés fin 2025 pour 4 M€ de volume d’affaires d’ici deux ans. « Nous souhaitons convaincre les collectivités locales et les pouvoirs publics que nous pouvons nous substituer aux carriéristes, au moins en partie », explique Benjamin Vandeginste. Sa nouvelle entité, proche de celle de Philippe Lorban à La Longueville, en bassin de la Sambre, repositionne le monde des travaux publics dans la diminution sensible de son empreinte environnementale. Comme une petite révolution…

 

Les tonnes de terre à traiter dès 2025