Le bureau villeneuvois d’études et d’ingénierie en environnement et économie circulaire pilote un consortium pour une première en France : utiliser des algorithmes pour prédire les risques sanitaires et environnementaux liés à des sols pollués. Un programme réellement innovant destiné à promouvoir le déploiement souvent freiné des agricultures urbaines en France et a fortiori dans notre région.
Ma carotte a un goût de cadmium, mes navets sentent le mercure. Quant à mes poireaux plombés… Ixsane eut l’heur de se forger une réputation solide depuis sa création à Villeneuve-d’Ascq en 2008 en accompagnant les acteurs éco-entrepreneurs dans leurs projets de gestion des eaux, d’assainissement, de valorisation des sédiments (réemploi avec le programme européen Suricates par exemple) et plus récemment de déploiement des filières circulaires en éco-matériaux, dans un contexte de pression de la demande et donc de sécurisation des gisements biosourcés, en optimisant la formulation des nouveaux matériaux afin de mieux pouvoir les mettre sur le marché. Mais alors, ma carotte au cadmium ?
La promesse Urbagri
L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) est relativement récente dans la gestion de projets sur les sols pollués à des fins de culture potagère. Ici, le principe de précaution est maximal, éviter tout risque sanitaire est impératif et la première chose à faire est d’extrapoler sur les concentrations potentielles de polluants métalliques ou organiques susceptibles de remonter des sols vers les végétaux, les fruits et les légumes.
Or, pour un projet, les sols n’étant pas encore cultivés, les données n’existent que rarement. Jusqu’à présent, la technique de bioconcentration est seule de mise pour évaluer les risques sanitaires d’un sol sur lequel est envisagé une culture potagère. Mais face aux incertitudes trop nombreuses et de rigueur, face également à la prise en compte précautionneuse du « pire cas possible », les aménageurs et gestionnaires de projets préfèrent les abandonner : douches froides pour les agricultures urbaines et leurs vertus de revitalisation des circuits courts socialement revigorants.
Une tech alternative
« Smart Urbagri intervient dans ce contexte, avec des résultats en un clic au lieu de six mois d’attente en serres pour évaluer des procédés en bioconcentration », intervient Tristan Debuigne (notre photo), en charge du pôle de développement technico-commercial d’Ixsane à Villeneuve- d’Ascq. Le travail entamé depuis trois ans avec le BRGM pour l’expertise des sols, l’école d’ingénieurs lilloise Junia (ex-ISA) et l’INERIS pour la prévention des risques est entré en juin dans sa phase opérationnelle avec la mise à jour de deux grandes bases de données sur les caractéristiques des sols et sur les transferts de contaminants vers les plantes (bases Bappet et Bappop). « De quoi entraîner des modèles complètement nouveaux pour prédire, très en amont, sur tel ou tel site, les transferts possibles de contaminants vers les plantes potagères », assure Tristan.
Libérer les projets locavores
Le programme Smart Urbagri est cofinancé par l’ADEME suite à un appel à projets en 2023, il engage près de 500 000 € au total. Prédire la contamination des végétaux comestibles avec l’IA doit permettre de multiplier les ouvertures de projets agricoles en zones urbaines et péri-urbaines.
La validation plus fiable en amont de l’absence de risques sanitaires sera par ailleurs très utile sur le choix des espèces à cultiver selon les caractéristiques des parcelles évaluées. Sacré progrès ! Pour Ixsane (19 salariés, 1,5 M€ de chiffre d’affaires), Urbagri postule l’acquisition d’un nouveau savoir-faire en ingénierie intelligente en évaluant l’apport de ces nouveaux modèles de prédiction.En France, un sol pollué sur deux est encore situé dans le Nord – Pas-de-Calais.