L’agence villeneuvoise de solutions environnementales déploie avec l’IMT de Douai un ambitieux programme Granul’ia pour incorporer des sédiments fluviaux ou marins dans les granulats issus du recyclage. Malin : on ne sait trop quoi faire des premiers et les seconds sont une ressource déjà surexploitée.

Deux ressources, une presque trop abondante, l’autre qui se raréfie en étant la plus utilisée sur la planète, après l’eau et devant le sable. La première renvoie aux sédiments, six millions de mètres cubes sortis chaque année de nos rivières, canaux et plans d’eau en France, contre plus de cinquante millions de mètres cubes pour leurs cousins, les sédiments marins dragués dans nos ports.

Ils ne sont certes pas tous à devoir être gérés à terre, à la recherche de débouchés en tant que coproduits, mais les seuils réglementaires durcissent toujours davantage leur rejet en mer, une mer devenue fragile, sous protection renforcée.

La data fait son entrée dans l’univers granulats

« C’est là que nous intervenons, explique Tristan Debuigne, directeur du développement d’Ixsane, société d’études et d’ingénierie à Villeneuve-d’Ascq. Nous portons avec l’IMT de Douai (ex-école d’ingénieurs des Mines) le projet Granul’ia pour massifier l’intégration de ces sédiments dans des volumes de granulats déjà recyclés. »

Le projet est validé depuis la fin de l’automne dernier, il engagerait plus d’un million d’euros avec des fonds européens FEDER et le soutien du conseil régional sur près de quatre ans de recherches au laboratoire IMT de Nor-Edine Abriak, expert référent à Douai sur les enjeux sédimentaires en région (et en France).

À terme s’agira-t-il de bâtir, à l’issue du programme, une véritable plateforme régionale de solutions innovantes, sur la base d’un consortium d’acteurs élargi. Ixsane propose son savoir-faire dans l’évaluation, la caractérisation des matériaux, les procédés et innovations pour des solutions en économie circulaire et – c’est ici le point fort du projet – une expertise nouvelle sur l’intégration de l’IA dans les prestations d’impacts environnementaux. « L’intelligence artificielle doit nous permettre de sécuriser la performance des produits ou d’adapter la solution en fonction des propriétés physico-chimiques des sédiments, dont la teneur en eau est variable par exemple », estime Tristan Debuigne.

Sédiments réemployés, granulats recyclés

 Le projet consiste ainsi à produire des granulats de synthèse, ou artificiels, non issus des carrières (seulement 5 % des granulats utilisés sont issus du recyclage des déchets de démolition, des mâchefers, etc.). Le recours à la data doit servir la valorisation des sédiments en granulats, une solution qui n’existe pas aujourd’hui à l’échelle nationale et qui pourrait adresser les marchés des industriels du béton, du bâtiment et des travaux publics pour des sous-couches routières, dans des bétons pour les bordures de trottoir, du mobilier urbain voire des bétons plus structurants.

Ixsane emploie une vingtaine de salariés pour 1,6 M€ de chiffre d’affaires à Villeneuve-d’Ascq. L’extraction des ressources primaires coûte moins cher ces dernières années, la recherche de solutions alternatives par le réemploi ou le recyclage se justifiant alors par les menaces potentielles, à terme, des approvisionnements.