La recherche académique tient aussi à prendre sa part dans la redynamisation d’une filière agricole historiquement régionale. Le projet d’Elodie Choque veut mettre sur le marché un emballage biosourcé à base de co-produits de l’endive ainsi que des aliments à haute valeur santé.
Dans le chicon, tout est bon, visiblement. Plus de 90 % des endives consommées en France sont encore cultivées dans notre région et elles produisent 360 000 tonnes de déchets chaque année, ce qui n’aura pas échappé à Elodie Choque, maître de conférence en génie biologique à l’université Picardie Jules Verne à Amiens, formée à l’agronomie à l’ENSAT de Toulouse, engagée en recherche post-doctorat sur les champignons filamenteux qui produisent des anti-oxydants et sur les bioplastiques à base de levures.
Elle s’interroge. « Pourquoi ne pas concevoir des répliques sur les coproduits de l’agriculture ? Il y a un potentiel considérable de valorisation des racines des endives pour en faire des emballages… d’endives. »
Reprendre les choses à la racine
Le projet Fermendiv voit le jour, les racines ne seront plus retournées aux champs, perdues pour 70 % de leur volume, le reste s’orientant vers la méthanisation (20 %) et l’alimentation des bovins (10 %). L’emballage alimentaire envisagé sera 100 % biosourcé et 100 % zéro pesticide, biodégradé en moins de quatorze jours en compost classique.
Accompagné par la Région, par le pôle de compétitivité Team2 sur l’économie circulaire par l’innovation, il sera conçu à partir des molécules extraites, produites par la fermentation ou modifiées par une biocatalyse enzymatique, ces deux techniques utilisant les feuilles d’endives aux champs, les écarts de tri de racines, les épluchures ou les radicelles. « La recherche sur ce bioplastique est une première au plan national, explique Elodie. La racine, ce sont 160 000 tonnes à mettre en valeur chaque année pour devenir le produit primaire d’une filière de plus en plus en difficulté sur le légume lui-même. »
Une source de diversification bienvenue, en effet, pour les cultivateurs et une nouvelle forme d’emballage écologique qui pourrait séduire le consommateur alors que l’Union européenne interdira les emballages plastiques issus de la pétrochimie pour les fruits et les légumes en 2030.
Les endives à l’apéro, et sans amertume merci
Ce n’est pas tout. La valorisation de l’endive doit également permettre de lancer prochainement de nouveaux aliments sur le marché. Avec Françoise Coucherez de l’Université de Lille (avec Elodie sur la photo ci-dessus), des tartinables pour l’apéritif (sans l’amertume) à base de feuilles et d’endives déclassées, de la saumure fermentée par les micro-organismes naturellement présents dans les endives, du jus d’endive pour le tonus en probiotique. Ces nouveaux produits seront issus de la fermentation lactique des endives déclassées avec une recherche en amont, sur l’étude moléculaire, avec aussi une attention soutenue autour de l’acceptation sociétale par le consommateur (le jus de chicon !).
Il s’agit donc d’un projet interdisciplinaire en marge duquel s’annoncent déjà d’autres pistes de recherche appliquée. « La valorisation de co-produits agricoles offre de plus en plus d’opportunités », assure Alban Coquel, jeune chercheur à l’université de Lille et d’Amiens, embarqué dans des masques cosmétiques à base de chicorée, des patchs écolos aux principes actifs issus de la vigne, des solutions cosmétiques à partir des drêches de houblon ou de pulpes de betteraves.
Toutes ces avancées académiques emmènent des équipes sur encore trois ou cinq ans. Fermendiv avait été mis en valeur à l’occasion de la deuxième édition du Congrès interdisciplinaire sur l’économie circulaire (CIEC), copiloté par Team2 et justement coordonné par Elodie le 30 juin à Amiens.
Son projet fait partie des douze programmes académiques interdisciplinaires inscrits dans la dynamique Economie circulaire et nouveaux modèles de développement (ECNMD) déployée par Team2 en lien avec la Région Hauts-de-France.
Les ressources de la recherche publique régionale sont ainsi mobilisées pour montrer qu’il est possible – et vivement souhaitable – de concilier performance économique et réduction des impacts environnementaux par l’innovation, sans parler, en l’occurrence, de la sauvegarde d’un patrimoine agricole qui nourrit encore non sans fierté l’identité gourmande des Ch’tis.