Plus de 3 500 visiteurs professionnels ces 4 et 5 septembre au Congrès national du bâtiment durable (CNBD) à Lille : Un tel succès tranche avec la crudité de la crise du logement et des difficultés des filières construction-rénovation. Mais le bâtiment durable offre des solutions à performances environnementales rapides, entre atténuation et adaptation au changement climatique.

Attention à la sortie de route du poids lourd bâtiment. Deux ans de crise, – 7 % d’activité l’an dernier, sans doute au moins autant cette année, 100 000 emplois menacés en France. Un investissement locatif effondré, la fin du dispositif Pinel, l’inflation, la hausse des taux, l’attentisme généralisé (mais où passent donc les 90 milliards d’euros d’épargne des Français ?)… les récentes éclaircies n’entament pas la morosité ambiante.

D’autant qu’attention, une autre sortie de route, celle de la planète, est autrement plus dangereuse. « Comment habiter la Terre ? », interrogeait alors Bruno Latour, grand influenceur de la pensée écologique moderne. Pour lui, la question de l’habitabilité du monde et de ses territoires était centrale. Et c’est François Gemenne, le co-auteur français le plus médiatisé du GIEC, qui vint citer le sociologue de l’environnement pour le titre de son dernier ouvrage, « Où atterrir ? », jusqu’à établir un lien direct avec l’habitat durable.

François Gemenne, « toutes les solutions existent »

Moindre consommation des ressources naturelles, sobriétés massives, nouvelles technologies décarbonées… « Toutes les solutions existent, entre technologies et sobriétés à ne pas opposer entre elles. Et le bâtiment est le meilleur secteur pour combiner l’ensemble des solutions favorables à l’adaptation au changement climatique », put introduire le politologue à l’ouverture du CNBD lillois organisé par le Cd2e et le Réseau bâtiment durable dont le cluster d’accélération de transition écologique nordiste fait partie depuis sa base de Loos-en-Gohelle.

C’est que nos deux sorties de route ont une voie rapide en perspective. Si la fréquence des canicules va être multipliée par cinq d’ici 2050 avec une hausse de l’intensité des épisodes, si 11 millions de maisons françaises sont déjà touchées par les risques de retrait-gonflement d’argile (premier risque pour les assureurs), les acteurs du bâtiment durable se persuadent à raison de leur responsabilité de premiers de cordée.

Dans le même esprit qu’il fallut reconstruire un patrimoine bâtimentaire détruit après la dernière grande guerre, on frémirait presque devant l’ampleur de la tâche à accomplir pour protéger les populations, le nouveau mantra missionnaire du bâtiment durable : plus de confort en été, des habitations plus solides, plus sobres, moins coûteuses… plus vivables. 

Bâtiments durables, objectifs impensables ?

L’ADEME rappelle que 80 % des bâtiments qui seront présents en 2050 existent déjà, « encore faudra-t-il, nous rappelle François Gemenne, qu’ils soient adaptés au réchauffement du climat en 2050, ce qui est loin d’être garanti ». L’ADEME ajoute qu’il faudrait passer de 6 % de logements en étiquette énergétique A-B actuels à… 90 % en 2050, ce qui imposerait de devoir rénover non pas 43 000 logements par an comme c’est le cas aujourd’hui, mais plus de 700 000.

Un exemple avec les seules écoles primaires ? Il faut en réhabiliter plus de 45 000 dans le pays, une facture d’au moins 50 milliards d’euros. Un autre exemple ? Près de 200 000 bâtiments composent le patrimoine spécifique de l’Etat, la plupart ayant besoin d’écorénovation, celle qui devra s’imposer partout d’après une grande majorité des congressistes. Et ce coût de l’inaction sept fois supérieur à celui qui prévaut actuellement alors que le monde économique parvient déjà essoufflé au pied de la montagne climatique !

Remplir vite les agendas politiques

« Tout l’enjeu de l’adaptation est d’éviter les coûts futurs », assure Valérie Létard après François Gemenne, avec un léger sentiment d’impuissance en prime pour accélérer les choses chez la ministre nordiste du logement, entre l’espoir d’un nouveau projet de plan contre les bouilloires thermiques après avoir « combattu pour sauver le dispositif à succès Ma prime rénov ». Fonctionnements ministériels en silos, manque d’ambition dans les politiques publiques sur le rythme des rénovations, l’essor des énergies renouvelables (solaire…) ou le soutien aux filières en difficulté de matériaux biosourcés, manque de moyens sur l’écoformation des artisans… L’industrialisation des bonnes solutions environnementales et circulaires n’est manifestement pas encore au rendez-vous des agendas politiques.

Et pourtant… Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment durable sut le dire au CNBD, « après l’atténuation qui consiste surtout à décarboner nos modes de vie, l’adaptation au changement climatique joue désormais le même rôle que les économies d’énergies dans les années 80 et 90, lorsqu’il fallut une prise de conscience dans la société pour accompagner les gens, logement par logement ».

Le bâtiment, meilleur élève de la classe climatique

D’après le Secrétariat à la planification écologique, les émissions de gaz à effet de serre ont fléchi de 36 % dans le bâtiment entre 2017 et 2023, c’est la plus forte contribution à la baisse générale de 17 %, tous secteurs confondus. L’impact de celui-ci est donc le plus considérable pour limiter les dégâts climatiques globaux. Le BTP est encore le deuxième émetteur (entre 20 et 25 % selon les guichets) derrière les transports. À ceci près que les gens ne vivent pas dans leurs voitures.

 

L’éco Dynamo, le site d’information influenceur de transitions climatiques par la réduction des empreintes environnementales dans l’industrie, les services et le commerce des Hauts-de-France.

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