La mauvaise blague circule depuis le début de l’année, jusqu’aux travées du Sénat, politiquement porté à droite. L’agence nationale de la transition écologique doit-elle être mise sous la tutelle de la DREAL, entièrement sous contrôle étatique ? Et ce projet gouvernemental d’une baisse drastique de son budget propre ? En visite à Lille ce 22 septembre, Sylvain Waserman, président de l’ADEME, a défendu les missions de l’agence et leur impact positif pour une région comme les Hauts-de-France. Mais allons plus loin…
Il était venu rencontrer les élus locaux à l’occasion d’une Journée nationale des collectivités, des élus invités à partager leurs attentes face au bouleversement climatique et leurs engagements au sein du réseau « Elus pour agir », près de 7 000 membres (409 en région, 135 adhésions depuis le début de l’année) emmenés par l’ADEME pour faciliter les passages aux actes. Il en profita aussi pour rencontrer les journalistes et plaider la cause d’une agence d’Etat aux 600 ingénieurs scientifiquement référents pour distribuer les milliards sur la décarbonation de l’industrie (1 milliard d’euros), l’hydrogène (idem), le soutien aux filières économiques contre les gaspillages et pour l’économie circulaire (réemploi, recyclage, réduction des gisements de matières), le développement des énergies renouvelables ou celui du très important fonds chaleur.
Les coups de canif dans le contrat climatique
Jusqu’à l’annonce d’un projet de loi déposé au Sénat le 20 mai pour rattacher les agences de l’ADEME à celles de la DREAL dans les régions, jusqu’au hic du 17 septembre et l’annonce non officielle d’une baisse de 30 % d’un budget en propre actuellement établi à un milliard d’euros – plus globalement, jusqu’aux attaques d’élus de droite et d’extrême droite anti-science et anti-climat. S’il était confirmé, le risque d’amputation de 300 M€ serait comme un véritable coup de canif dans le contrat de la lutte contre le réchauffement par de nombreux élus des territoires, à commencer par ceux des agglomérations et communautés de communes, à l’image de Christian Leroy, président de celle du Pays de Lumbres ou de Jean-François Montagne, vice-président de la communauté urbaine de Dunkerque en charge de la transition écologique, présents à la conférence de presse pour accréditer l’importance des expertises et des financements de l’ADEME.
En 2025, l’agence nationale aura distribué 2,8 milliards d’euros de subventions aux collectivités et aux entreprises, 8 000 projets portés dans les territoires. « Mais on ne fait pas que passer les plats avec l’argent de l’Etat, appuie Sylvain Waserman. On instruit les dossiers, on monte les projets avec les élus, on les suit dans le temps, sur des programmes pluriannuels. Nos ministres nous soutiennent et j’ai demandé aux sénateurs de nous juger sur nos résultats. L’ADEME est performante, personne ne le conteste. Et regardez ceux qui nous tapent dessus, ce qu’on nous reproche, franchement… »
Facilitateur, pas contrôleur de projets
En région Hauts-de-France, l’ADEME tient bien plus que son rang. « Son objectivité sur les dossiers est incontestable et nous avons avec elle, ce qui est rare, des experts de secteurs et de filières indispensables, pour les sites et sols pollués, le bâtiment, la chasse au carbone, le recyclage dans le textile, le plastique, les métaux, les batteries, etc. », explique Christian Traisnel, fin connaisseur des transitions régionales, ancien directeur du pôle CD2E sur le soutien aux éco-entreprises et du pôle de compétitivité Team2 sur l’innovation dans l’économie circulaire. « L’ADEME suit plus de 40 clubsters et 5 000 éco-entreprises, dit-il. Elle est un facilitateur de politiques locales, ses experts savent évaluer chaque projet, alors que la DREAL est un contrôleur qui dit si un projet est conforme ou non à des normes avant même de se demander s’il est intéressant. Pour moi, ajuste-t-i, une mise sous tutelle serait une belle erreur. »
L’ADEME intervient depuis sa direction régionale de Douai pour décarboner l’économie locale et tenter de modifier les comportements, en prenant parfois des risques politiques en critiquant sans punir l’hyperconsommation de masse – souvenons-nous de la campagne de publicité des « dévendeurs » (photo ci-dessus), ces vendeurs en magasin expliquant à leurs clients pourquoi ils ne devaient pas acheter de produits neufs, ou de ce rapport expliquant la possibilité de parvenir à la neutralité carbone en 2050 avec 100 % d’énergies renouvelables dans le pays le plus nucléarisé du monde en rapport à son nombre d’habitants.
Un rôle central défendu à Paris
En région, l’ADEME est un partenaire estimé indispensable par les réseaux des acteurs de la transition. C’est le cas pour accompagner la dynamique Rev3 sur la décarbonation de l’économie, pour suivre les éco-entreprises et les élus. « On a environ 50 millions de tonnes de CO2 à aller chercher en région, nos nombreuses missions convergent vers cet objectif essentiel », nous expliquait récemment l’un des ingénieurs de l’agence. Par l’électrification massive, par de nouvelles manières de construire ou de produire avec moins d’émissions de gaz à effet de serre, par des programmes substantiels dans les bassins de vie, au premier rang desquels se trouve la région dunkerquoise, première zone d’émissions industrielles de France (21 % à elle seule) et première zone énergétique d’Europe.
Dans un tout récent livret Demain mon territoire, fiches actions, Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, rend hommage à l’ADEME : « Votre mobilisation a permis d’éviter des importations de gaz fossile équivalentes à 1 à 4 milliards d’euros par an. »
Il est vrai que la France n’a pas de soucis budgétaires et qu’elle n’est pas frappée de plein fouet par les occurrences climatiques extrêmes.