La filière attend avec enthousiasme un impressionnant cycle d’activité à partir de 2027 dans les Hauts-de-France, marqué par la montée en gamme des chantiers pharaoniques de l’EPR2 à Gravelines et du canal Seine-Nord entre Compiègne et Cambrai. Mais son premier salon de la transition écologique le rappelle, cette explosion d’activité devra s’accompagner d’une gestion optimale des pressions environnementales.
« C’est aussi simple que ça, assure Nicolas Delecourt, secrétaire général de la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), après une année de transition en 2026, notre secteur va connaître une énorme pression sur l’activité à partir de 2027 et jusqu’à environ 2040. » Et de fait, les Hauts-de-France deviennent la région française faisant le plus travailler ses entreprises de travaux publics.
Le chantier de l’EPR2 va par exemple mobiliser pour elles au moins 10 milliards d’euros pour ses deux réacteurs nucléaires à Gravelines, premiers travaux fin 2026 dans la foulée de l’autorisation environnementale, mobilisant le génie civil pour les premiers terrassements et travaux de voiries, réseaux divers. Le pic d’activité est attendu entre 2030 et 2031 avec près de 10 000 personnes sur le chantier (2 000 en phase d’exploitation à partir de 2038), au flanc de la centrale nucléaire actuelle, déjà la plus puissante d’Europe avec ses six réacteurs.
L’espoir au fond du canal
Quant aux 108 kilomètres du canal Seine-Nord devant enfin relier les gigantesques bassins fluviaux de l’Europe du Nord-Ouest avec celui de la Seine, ils permettront de faire naviguer des péniches automotrices de 135 mètres de long pour 1 000 tonnes à grand gabarit, de quoi remplacer un camion de 25 tonnes sur la route toutes les 9 secondes (et le fluvial est cinq fois moins émissif en carbone que la route).
« Ce chantier sera fortement mobilisateur pour les entreprises de travaux publics », estime Vincent Hulot, membre du directoire de la société du CSNE. Les premiers terrassements sont lancés entre Noyon, Cambrai et Douai. Les lots s’établissent de 200 à 400 M€, les phases d’appel d’offres pour les recrutements sont prévues d’ici trois ans pour un minimum d’enveloppe estimé à cinq milliards d’euros sur la durée totale du chantier avec une économie de carbone de 56 millions de tonnes après quarante ans et après avoir excavé 100 millions de tonnes de terres.
À coups de milliards pour les travaux publics
Au moins 12 milliards et 15 000 emplois rien que pour ces deux chantiers mastodontes, les perspectives semblent vertigineuses dans un secteur encore en crise il y a trois ans.
« Nous prévoyons une augmentation d’au moins 25 % sur les prochaines années, avec en plus les chantiers du tramway de la métropole lilloise ou ceux de l’aménagement du port de Dunkerque, entre autres… », précise Nicolas Delecourt.
Mais comment concilier un tel développement économique avec les nouvelles exigences d’atténuation (moins d’énergie et de carbone) et surtout d’adaptation au changement climatique (prévention des risques) ? Vaste chantier en soi, travaillé dans toutes ses dimensions ce 4 novembre par la FRTP. Le Kursaal dunkerquois ouvrit ses portes à 1 300 visiteurs, dont 500 jeunes, parmi lesquels ceux du lycée des travaux publics de Bruay-La-Buissière, seul en France à dispenser un tel enseignement.
La cinquantaine de stands du salon et les visions éclairées de trois conférences, assorties d’un hakathon récompensant l’innovation dans la filière, ont pu accoucher au moins d’une certitude, transcrite par Frédéric Pissonnier, président de la FRTP : « Les entreprises sont prêtes pour la transition écologique. Celles qui ne le sont pas encore doivent échanger rapidement, se parler et agir. »
La panoplie des accompagnements
Le secteur emploie 2 600 personnes dans 700 entreprises pour près de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans notre région. Sur l’EPR2, EDF insiste sur les mouvements de terres en économie circulaire, la gestion des déchets, la mobilité sur chantier. Sur le canal, des clauses vertes seront incitatives pour économiser l’eau et l’énergie, pour apporter des matériaux via les autres canaux. Quant à la filière elle-même, la FNTR pilote depuis Paris un éco -comparateur SEVE-TP qui permet, depuis 2008, de proposer des mieux-disantsenvironnementaux aux entreprises, lesquelles peuvent s’en servir pour mieux se placer auprès de leurs clients potentiels, les maîtres d’ouvrage.
Le secteur souhaite réduire ses émissions de carbone de 30 % et sa consommation d’eau de 10 % d’ici à 2030. Des clauses vertes plus contraignantes auront force de loi à partir du 22 août 2026. Il suffira que les donneurs d’ordres s’emparent bien davantage des solutions pro-climat mieux-disantes pour enfin généraliser les chantiers plus sobres en ressources matières et énergies. Il suffira…