Un salon, une expo, un défilé, une vitrine… des événements éphémères et un gaspillage considérable de matériaux très souvent neufs et à usage unique, utilisés seulement quelques heures ou quelques jours avant de devenir des déchets. A moins d’être récupérés et offerts à des associations, des entreprises ou des collectivités.
Muto est né il y a trois ans en région parisienne, y a ouvert des entrepôts pour stocker le bois, le plastique ou le textile qui sourcent la plupart des aménagements événementiels, plus de 1 500 tonnes de matériaux sauvés de l’élimination. C’est dire si l’industrie de la production événementielle a encore sa petite révolution à mener au plan circulaire et d’abord par le réemploi. C’est logique après tout, les décors, cloisons, assises, signalétiques ou revêtements de sols sont si neufs qu’il serait incohérent de les recycler. Petit rappel, le recyclage détruit la matière pour la récréer, souvent par-dessus le marché avec des apports de matières vierges. Autant réemployer !
Une volonté d’ancrage nordiste
Et si 70 % de l’événementiel se déroule en Ile-de-France où se presse un Français sur cinq, la capacité du Nord à attirer des Coupes du monde, de grands salons ou une partie des Olympiades a convaincu les trois associés fondateurs de réfléchir à une implantation durable. Invité le 3 octobre 2024 aux Rencontres de l’innovation par l’économie circulaire (RIEC, proposées par le pôle de compétitivité Team2), Émilien Fromentin explique en quoi consiste l’intérêt du déploiement dont il a la charge dans notre région. « On passe souvent d’un événement à un autre, le gâchis est considérable, dit-il. Notre solution est réellement alternative et encore sans concurrence, elle permet de récupérer des tas de choses, de les stocker pour ensuite les offrir à ceux qui en ont besoin. »
Une nouvelle filière de valorisation originale
Voici donc Muto, sans lieu physique d’implantation, mais une présence partenariale avec Vitamine T à Lesquin ou Altéreos et DMultiple à Tourcoing. Il faut savoir démonter les matériaux identifiés et en garantir le meilleur état. Emilien discute avec les professionnels de la filière événementielle, les organisateurs de spectacles, les responsables de musées, avec aussi les chargés de production dans le cinéma, le Nord étant devenu la terre la plus fertile en lieux de tournage.
« Je mets en avant le levier de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) et la pollution générée par les déchets, explique-t-il. Le réemploi peut alors servir les rapports extra-financiers, même si c’est encore de manière ténue par rapport à la mobilité des salariés ou à la gestion des ressources humaines. »
Économiser les matières
Mais un chemin s’ouvre. Les clubs de l’élite footballistique peuvent utiliser les solutions circulaires du réemploi, voire du recyclage, pour enrichir leurs indices RSE obligatoires pour toucher leurs droits. Muto peut les aider avec sa matériauthèque (Mutooz) ou avec Simu, sa gamme de mobilier locatif en bois, une solution amont d’écoconception.
L’équipe d’une quinzaine de salariés propose également du conseil en recyclage et réemploi, « pour bien comprendre sa base de matières et lui donner du sens », pitche Emilien. C’est faire des inventaires très pragmatiques et chiffrés de ce qui encombre, avant de pouvoir donner, le plus souvent aux acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS).
A cette heure, Muto n’est sorti de Paris que pour le Nord, sa MEL offensive sur sa densité d’acteurs circulaires et solidaires, son Roubaix pour sa génération d’expérience dans le réemploi, son énergie déployée dans l’organisation d’événements et de spectacles vivants. La start-up a l’ambition d’égaler son score de volume d’affaires d’un million d’euros en 2024, année boostée par les Jeux olympiques notamment. Plus de 4 000 tonnes d’équivalent CO2 ont déjà été évitées depuis sa création. La montagne du gisement de matières vierges étant encore loin d’être escaladée – déplorons–le, la sobriété n’étant encore qu’un espoir dans le monde du divertissement professionnel, une rampe de lancement supplémentaire vient de se poser en région lilloise. Avant réemploi ?