La startup industrielle à impact lance une petite révolution dans le recyclage mondial des polymères. Ses machines-conteneurs conçus et construits à Avelin, près de Lille, sont capables de trier au pied des décharges les nombreux monomères dont le mélange était jusqu’à présent un véritable casse-tête pour les recycleurs.

Près de 500 millions de tonnes produites chaque année dans le monde, un chiffre qui va tripler d’ici à 2060. Et cinq milliards de tonnes, un stock de déchets plastique vertigineux pour la planète et un stock qui s’alourdit sans cesse avec 57 millions de tonnes de déchets supplémentaires chaque année (80 % sont accumulés en décharges ou dans la nature). Dérivé de la pétrochimie climaticide, le plastique n’est plus fantastique, il étouffe aujourd’hui le vivant, le sauvage, les hommes, 15 tonnes de plastique sont rejetées dans l’océan chaque minute. En face du monstrueux gisement, à peine 9 % de recyclage dans le monde, 25 % en France, 35 % en Europe.

Le recyclage mécanique existe depuis longtemps, il est certes stimulé par les nouvelles générations de tri optique mais ce qui change avec Monomeris Chemicals (ex-Crymirotech, lancé en juin 2019), c’est la capacité à traiter chimiquement les mélanges plastique hors procédé plus traditionnel en pyrolyse, coûteux et beaucoup moins apte à massifier une solution de recyclage des polyéthylène, polypropylène, polystyrène, polycarbonate, polychlorure et autres résines.

Les plastiques transformés en gaz

Maxime Lepinay est ingénieur innovation et agro industriel, incubé à l’ENSAM de Lille et passé chez Airbus ou Lactalis à Cuincy. Il est le concepteur de ce procédé déjà présenté comme une innovation de rupture : une machine dans un simple conteneur qui transforme les plastiques mélangés en gaz. Les matières entrent sur tapis roulant dans un broyeur, ainsi tamisées, elles seront plus faciles à passer dans un réacteur de 200 litres maximum qui va faire fondre des sels testés pendant cinq ans. Le catalyseur permet de passer en mode liquide avec une dépolymérisation instantanée du déchet plastique, puis en phase gaz récupérés en cuve avant d’être contrôlés, aspirés, purifiés et à nouveau catalysés, tout cela à l’intérieur du conteneur.

Ces gaz seront revendus aux industriels de la pétrochimie et c’est là toute l’astuce. « Nous rachetons la valeur des gaz à nos clients et on revend le mix aux pétrochimistes qui disposent des colonnes de distillation », explique Olivier Camp, le directeur général de Monomeris (8 salariés), ainsi pilotée par un chef d’entreprise avec le soutien de Dominique Perben, avocat administrateur, ancien ministre RPR multi fonction.

Sortir très vite de la région

Une machine coûte deux millions d’euros pour 10 000 tonnes de déchets traités par an, 40 tonnes par jour, deux tonnes à l’heure. La capacité actuelle serait d’une quarantaine de machines par an, l’Inde pouvant en prendre au moins 500… pour commencer. Le pays-continent est le premier contributeur de déchets plastique dans le monde avec 12 Mt par an à lui seul, 60 % fichant le camp dans l’environnement. Le Maghreb déclare de vives marques d’intérêt, comme des acteurs importants du marché congolais rencontrés dans une grande conférence à Marseille.

Recycler in situ, partout dans le monde

Les machines et leurs catalyseurs sont conçus pour le sur-mesure, en fonction de la nature des gisements à recycler, en fonction aussi des terrains. Elles peuvent travailler in situ, dans les centres de tri, dans les déchetteries. Les formulations sont élaborées en chimie verte dans le laboratoire de Monomeris et tout le monde semble regarder vers Avelin alors que les obligations réglementaires se durcissent en faveur de la valorisation des gisements de déchets polymères.

« Les pétrochimistes sont tous en recherche de solutions pour éviter de produire du plastique à l’état neuf et ils nous sollicitent pour nous acheter notre éthylène circulaire », assure Olivier Camp. Sa solution permet d’économiser 65 % d’énergie, 2 000 litres d’eau et trois tonnes de C02 par tonne de cette molécule la plus répandue dans le monde. Les machines peuvent être achetées ou louées. Le retour sur investissement est compris entre trois et sept ans, il varie en fonction de la qualité du gaz sortant. Les inertes (carbonate de calcium, silice, antimoine, fibre de verre etc.) trouvés avec les matières plastique partiront en filières de valorisation.

Mobilisation circulaire générale

 Monomeris a présenté officiellement son procédé ce 21 mai à Avelin, le président de Région Xavier Bertrand faisait partie des curieux pour une opération co financée par Rev3 pilotée par Frédéric Motte, également présent et par la fondation Team for the planet. Il est soutenu depuis le départ par le pôle Team2, qui identifia vite un potentiel de développement par l’innovation, sa raison d’être depuis Lens. « Cette solution va très vite prendre une ampleur considérable, nous y voyons un énorme potentiel sur l’économie circulaire », confirme Laurent Thomas, chargé de projet.

Baudelet fut le premier client à Blaringhem, les plastiques mélangés ne doivent plus être éliminés par le four ou la décharge. La Guyane envoie ses polymères mélangés en France pour y être traités. La production des machines devrait démarrer dès cette fin d’année, traverser un océan ne sera sans doute bientôt plus nécessaire.

L’éco Dynamo, le site d’information influenceur de transitions climatiques par la réduction des empreintes environnementales dans l’industrie, les services et le commerce des Hauts-de-France.

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