Formé à l’école des Mines de Douai (IMT), Vincent Basuyau est expert en matières premières à la Commission européenne. Il était l’invité de marque du Cd2e (1) pour ouvrir Minérec, assises nationales de l’économie circulaire des minéraux, ce 2 avril à Lille. Pour une histoire chaotique dans le Nord mais qui commence à bien finir…

L’univers des minéraux a mis bien du temps à imaginer le réemploi et les recyclages. Pour quelles raisons ?

« C’est une histoire ancienne ! J’ai mis en place en janvier 1985 la première installation de recyclage de minéraux en région parisienne, l’une des trois régions pionnières avec celles de Strasbourg et de Lille, notamment avec RMN (Routes et Matériaux du Nord à Fretin). Le Nord copiait les Belges et les Hollandais, en avance. Paris où les carrières s’épuisaient copiait le Nord et l’Alsace. Entre 1985 et 1995 on commence à s’interroger sur le quoi faire. Les maîtres d’ouvrage et d’œuvre sont très difficiles à convaincre sur les matériaux recyclés, sans même penser au réemploi. Le maire, les élus locaux disent ‘je veux du neuf, c’est le chantier de mon mandat !’ À ce premier frein s’ajoute celui d’un manque de professionnalisme dans le recyclage. Dans cette période on voit beaucoup d’opportunistes qui feront n’importe quoi n’importe comment, provoquant des sinistres avec les matériaux recyclés. »

L’histoire commence mal, donc. Mais que se passe-t-il à partir du milieu des années 90 ?

« Les professionnels sérieux s’organisent. Un travail normatif commence avec notamment les premiers guides sur les déchets de déconstruction, je pense par exemple au guide des bétons recyclés réalisé en Ile-de-France avec les Ponts et Chaussées et l’Équipement. La décennie 1995-2015 est celle de la lente diffusion de la circularité sur les déchets du bâtiment. On ne parlait pas d’économie circulaire mais d’écologie industrielle, d’après la notion de métabolisme industriel théorisée par le physicien et économiste américain Robert U. Ayres. Le recyclage commence à sortir de Lille, Paris et Strasbourg, voire Lyon. Mais les matériaux naturels sont encore très bon marché et les mises en décharge quasi gratuites. Tout le monde creusait partout, tout le monde remblayait partout. Aux Pays-Bas, la mise en décharge est à 100 euros la tonne, hors de prix, cinq fois plus chère que les matériaux naturels. Il n’y a plus de place pour extraire des minéraux en carrière, la pression foncière est importante, le recyclage a vite été la priorité. Mais en France, les carrières sont très nombreuses et le recyclé est plus cher que le naturel. Les carrières sont également obligées de remblayer, ce qui capture également la ressource au détriment du réemploi ou du recyclage. Avec deux creux, en 2010 après la crise financière et après le Covid où les courbes de recyclabilité chutent. »

La situation s’améliore-t-elle ensuite ?

« Oui, à partir de 2015, c’est la conversion des élus politiques et des populations. Le recyclage est mieux compris et accepté. Il manque encore l’implication des assureurs, encore très frileux quant à l’emploi des matériaux issus du recyclage. Quand un sinistre surgit dans le bâtiment, il faut démolir et reconstruire, cela coûte très cher. Il faut alors des normes pour les rassurer… Mais à présent, l’économie circulaire a fait d’énormes progrès en Europe et en France sur les minéraux. La région Nord fut pionnière dans l’efficacité sur l’utilisation des ressources. L’Union européenne a d’ailleurs fixé deux priorités pour gérer durablement les matières premières : la réouverture de mines mais surtout l’économie circulaire, dans l’attente d’une nouvelle réglementation très ambitieuse sur les déchets, au profit de l’efficacité et du recyclage ».

  • Le centre de développement pour les entreprises et les territoires est basé à Loos-en-Gohelle sur le site du 11/19. Bâtiment durable, économie circulaire, énergies renouvelables et achats publics durables.