Avec 29 étages sur 95 mètres de hauteur à Loos-Lez-Oliveaux, près de Lille, on l’appelle « la tour bleue », d’autant mieux visible depuis l’autoroute de Dunkerque qu’il s’agit du bâtiment d’habitation le plus élevé au nord de Paris. Mais le 20 juillet, le gigantesque immeuble sera foudroyé à l’explosif, ce qui est rare en milieu urbain. Mais d’ici-là…
Autre rareté, la volonté avant sa mise à terre de récupérer un maximum de matériaux ou d’éléments de second œuvre. « L’opération est délicate, techniquement complexe mais avec beaucoup de potentiel », assure Corentin Romand (notre photo), chef de projet chez Neo-Eco, créateur de filières de valorisation depuis son siège d’Hallennes-Lez-Haubourdin. L’agence ingénieur intervient ici pour le compte du bailleur social Partenord Habitat, dans l’analyse des matériaux, leur caractérisation et la faisabilité parfois techniquement complexe de les récupérer.
Mais récupérer quoi ?
Plus de 800 tonnes de granulats de type 1, pré-intégrables dans du béton, 800 tonnes sur les 19 000 tonnes de béton de la tour, cela n’est pas négligeable. Mais d’ici à juillet faudra-t-il également réemployer 120 tonnes de matériaux, un score important à l’échelle nationale d’après Corentin. Les éléments de réemploi sont nombreux, entre cuvettes sanitaires, éviers en inox, lavabos, marches d’escalier, pavés autobloquants, jardinières en granit, etc.
Les carreaux de façades en céramique bleue sont récupérés par Cardem Démolition (Armentières) pour 1 800 m2 destinés à parer une réhabilitation de bâtiment menée par la MEL.
Déposes soignées
Plus globalement, les déposes soignées sont confiées à l’association roubaisienne Le Parpaing via le collectif d’architectes Zerm. D’autres déposes concernent Urban Renov pour les dalles en granit, les marches d’escalier, les dalles de schiste pour l’aménagement d’espaces publics. Une centaine de marches serviront aux bâtiments Musset et Saint-Exupéry, proches de la tour Kennedy dont les caméras de surveillance seront récupérées par Le Parpaing et remises à Partenord alors que l’entreprise parisienne Cycle Up s’intéresse aux équipements sanitaires, cuvettes et lavabos. La chasse anti-gaspi ? Sauver avant de détruire cette tour emblématique construite il y a 57 ans, rénovée il y a 30 ans, le coût de la démolition est estimé par le bailleur social à près de 9 M€. La tour bleue, visible dit-on de Dunkerque, aura logé plus de 4 000 familles.