Le projet reste inédit, récemment né en région parisienne sous l’impulsion de Neo-Eco, qui cherche à en diffuser le modèle dans le Nord. Les terres excavées de grands chantiers peuvent se recycler au profit des aménagements urbains et des toits végétalisés.

« Renaturer la ville avec la ville » explique le slogan de Faiseurs de terres, un consortium tripartite réunissant Neo-Eco, l’agence d’ingénierie environnementale d’Hallennes-lez-Haubourdin, l’association parisienne de réinsertion sociale Halage et Topager, créatrice parisienne de toitures végétalisées. Lesquelles toitures ne peuvent en principe pas accueillir de terre végétale, alors que l’idée avait germé de fabriquer des substrats fertiles en valorisant les terres excavées des chantiers colossaux de la Société du Grand Paris.

Un véritable pari pour les partenaires associés. « Ces terres excavées aboutissent souvent en décharge, souvent loin des chantiers, ce qui aggrave leur impact environnemental », précise Adrien Lamonier (photo), chef de projet économie circulaire au sein de Neo-Eco. Une filière de valorisation est imaginée sous la forme de boucles locales. Puisque les chantiers ont une obligation de réemploi, Faiseurs de terres propose de récupérer les terres pour une réutilisation totale en aménagements urbains et d’au moins 50 % pour les toitures à végétaliser. C’est fournir des terres non polluées, à faible impact environnemental et à fort impact social, en faisant travailler des personnes en insertion, pour des substrats comportant au moins 70 % de matériaux recyclés.

Prochaine étape, la production

Pas si simple : il faut pouvoir caractériser les gisements, proposer une bonne formulation d’éco-produits dans l’esprit d’une recherche & développement permanente depuis deux ans. « Les tests de capacités physicochimiques et mécaniques de nos substrats sont très satisfaisants, il s’agit à présent de passer en mode production », espère Adrien Lamonier.

Un dossier est en passe d’aboutir cette année auprès du comité scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour une appréciation technique d’expérimentation (Atex) favorable, susceptible de rassurer les assureurs soucieux des garanties décennales obligatoires pour les couvertures de toits. En parallèle, le moindre impact carbone de la solution vient d’être certifié en bureau d’études pour intégrer la base de données Inies référente dans le bâtiment.

Économiser la tourbe, l’argile, la pouzzolane

Il est temps, les marques d’intérêt sont nombreuses. À Vitry-sur-Seine, la société d’aménagement Sogaris a déjà utilisé la solution du réemploi de terres excavées recyclées par Faiseurs de terres. Comme la gare de Saint-Denis qui a végétalisé 264 m2 de son bâtiment voyageurs à partir des terres issues des chantiers du Grand Paris (notre photo ci-dessous).

Ici, 92 % des matériaux sont issus du recyclage contre 5 % habituellement pour ce type de chantier. Et plus généralement s’agit-il de remplacer la pouzzolane ou les billes d’argiles par des substrats fertiles recyclés, sans parler de la tourbe, une ressource naturelle rare mais encore largement utilisée, notamment pour son faible poids. Avec au global l’idée de répliquer ailleurs le modèle initié autour de Paris. Le prochain grand chantier du tramway en métropole lilloise pourrait ouvrir de substantielles opportunités.

Que faire des terres qui seront bientôt excavées en masse autour de Lille ? Les solutions de Faiseurs de terres s’annoncent responsables pour l’environnement et l’emploi très social. Encore faudra-t-il en convaincre les aménageurs de la Métropole européenne de Lille (MEL).

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