Organisé tous les deux ans dans une ville française, le Congrès national du bâtiment durable (CNBD) fait escale les 4 et 5 septembre à Lille Grand Palais. Une première en région sur le thème dans cette dimension (3 500 visiteurs attendus) qui associe de surcroît, de manière inédite, un programme densifié de conférences, visites, plénières ou ateliers avec un salon de 5 000 m2 d’exposants engagés dans la transition écologique du bâtiment et de l’aménagement.
Fois sept : c’est le coût de l’inaction estimé par le plan national d’adaptation au changement climatique. Or, selon l’Etat, le secteur du bâtiment représente à lui seul près d’un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre, 10 % pour les seuls logements. On sait aussi que 80 % des bâtiments présents en 2050 – année datée pour la neutralité carbone – existent déjà aujourd’hui en 2025, ces mêmes bâtiments qui seront exposés à des aléas climatiques annoncés de plus en plus redoutables.
C’est tout l’enjeu d’une filière, le bâtiment, qui se retrouve face à lui-même. Construire et surtout rénover autrement, aussitôt que possible, tient de l’évidence pour éviter le « fois sept ». Car c’est encore l’ADEME qui l’affirme : il s’agit de passer de 6 % de logements énergétiquement performants aujourd’hui (étiquettes A-B) à 80-90 % d’ici 2050. Autant se l’avouer, tout ou presque reste à faire avec un besoin de rénovations annuelles devant passer de 43 000 chantiers aujourd’hui à environ… 700 000 dans la vingtaine d’années à venir.
Deux jours pour accélérer
C’est dans ce contexte d’une massification urgente des rénovations compatibles avec la transition écologique que se tiendra le CNBD à Lille. La résolution politique devrait être réaffirmée par la ministre du logement, la valenciennoise Valérie Létard. La résolution scientifique également avec notamment le climatologue François Gemenne, co-auteur du sixième rapport du GIEC, expert de l’adaptation au changement climatique. Il sera question pendant ces deux jours des convergences nécessaires entre la volonté des acteurs (entreprises, territoires, institutions) et l’accompagnement technique (écomatériaux, biosourcés, architectures frugales, nouvel aménagement urbain etc.) ou financier (engagement effectif des banques).
Ce rendez-vous devenu incontournable pour le bâtiment durable (11ème édition) intervient à un moment charnière. La réglementation RE 2020-20 pro climat va se durcir mais les coûts de construction sont de plus en plus importants alors que le marché de l’immobilier souffre globalement depuis deux ans. Pour leur part, les filières de matériaux biosourcés (lin, chanvre, paille, terre cuite etc.) cherchent encore clairement leur massification alors que les innovations et les initiatives se multiplient pour répondre à une forte demande sociétale.
Quatre logements sur dix en mode passoire
Le CNBD est piloté par le Cd2e qui depuis sa base de Loos-en-Gohelle a fait du bâtiment durable son thème de prédilection. Le pôle régional de développement des écoentreprises est accompagné par le Réseau Bâtiment Durable, l’ADEME, Rev3, la Région Hauts-de-France, la Métropole Européenne de Lille.
Plus de quatre logements sur dix sont considérés comme énergivores dans notre région (c’est le double de la moyenne nationale), où 150 000 logements sociaux sont encore en mode « passoires thermiques » (étiquettes E,F, G), à rénover d’ici 2034. Le parc de logement y est bien plus ancien qu’ailleurs. Comparée aux autres, notre région affiche le plus grand nombre de vulnérabilités climatiques dans son exposition déjà actuelle aux aléas. Le CNBD à Lille ? Légitime.