C’est à la demande de l’Etat qu’un comité régional des énergies renouvelables et de récupération a planché depuis juin sous la double tutelle du préfet et du président de Région. La copie vient d’être rendue, elle est ambitieuse. Biogaz, biomasse, solaire, éolien, réseaux de froid et de chaleurs, pompes à chaleur ou géothermie : L’éco Dynamo vous révèle les trajectoires souhaitées et chiffrées d’ici à 2030 puis 2035, avant arbitrage ministériel. Autant y voir bien clair !

Il y va du caractère revendicatif d’un cahier de doléances, on verra plutôt un travail de fond inédit, réclamé par l’Etat à la Région des Hauts-de-France pour qu’elle pose ses ambitions court et moyen terme sur les énergies décarbonées. Quelle place pour les renouvelables dans le mix énergétique concret, évaluable, chiffré en seuils bas et haut dans les dix prochaines années ?

Le 9 juin, l’Etat avait réclamé une feuille de route à douze Régions de France. À Lille avait déjà été constitué un comité régional des énergies (CRé) renouvelables et de récupération afin de contribuer à l’élaboration de la PPE 3, la programmation pluriannuelle de l’énergie, le document cadre qui définit depuis juillet, après trois ans de retard, la politique énergétique de la France d’ici 2035.

La transition énergétique, abysse à débats

Les 45 membres du CRé se partagent plusieurs collèges d’acteurs, entre collectivités locales, énergéticiens, associations environnementales, Etat et Région avec l’appui des experts de l’ADEME. Pilotés par Frédéric Motte (photo ci-dessous), conseiller régional en charge de la transformation de l’économie et président de la mission Rev3, on attend d’eux des remontées sur le développement des énergies renouvelables (Enr) filière par filière, Paris ayant besoin de savoir si les moyens et les ambitions de notre région sont, oui ou non, compatibles avec les objectifs de sa PPE 3. Si oui, un arrêté prescriptif ouvrira une enquête publique pour entériner les choses. Si non, le CRé devra revoir sa copie cosignée le 9 septembre, retour du ministère attendu avant décembre.

« Ce fut un travail remarquable, il fallait plancher sur la place des Enr dans notre transition énergétique, dans une région où le nucléaire est déjà fort présent avec la centrale de Gravelines », explique Frédéric Motte. Les experts de chaque collège ont donc débattu, et voté de manière consultative pour établir un document final sur, d’après la note finale envoyée le 15 septembre à la ministre chargée de l’énergie par la préfecture de Lille et la Région, « l’état des lieux des capacités installées, une estimation des projets en développement et une évaluation des potentiels de développement ». Un document très officiel de bilan et de perspectives, donc.

Mais que dit-il ?

Ambitions partout, sauf dans l’éolien terrestre

Le courrier envoyé le 15 septembre l’assure, « les échanges en séance ont dégagé des orientations largement partagées sur la majorité des filières examinées, avec des appréciations plus contrastées sur les perspectives de l’éolien terrestre ».

« Le CRé est en effet très ambitieux sur le biogaz ou gaz renouvelable issu de la méthanisation », explique d’abord Frédéric Motte. Avec 108 méthaniseurs, les Hauts-de-France sont leaders de la filière au plan national et cela se traduit dans les chiffres : en 2025, 2 322 GWh installés mais 6 000 GWh souhaités en 2030, c’est déjà faire trois fois plus de biométhane injecté issu des déchets agricoles comme nous l’avait déjà confié Didier Cousin, directeur régional de GRDF, et entre 10 et 12 000 GWh en 2035.

Sur les pompes à chaleur : 2 565 GWh de capacité en 2024, 5 000 souhaités en 2030, entre 8 800 (seuil bas) et 12 000 (seuil haut) en 2035.

Sur la livraison totale de chaleur via des Enr et des énergies de récupération par les réseaux urbains :1 291 GWh existants en 2023, mais 3 600 attendus en 2030 et entre 5 605 (seuil bas) et 9 075 (seuil haut) en 2035.

Sur la biomasse solide avec l’ajout de 50 % de l’énergie valorisée par les unités de valorisation énergétique : 7 919 GWh en 2023, mais 8 599 en 2030 et 9 179 en 2035.

Sur la géothermie de surface : 168 GWh existants en 2025, mais 458 en 2030 et entre 725 (seuil bas) et 878 GWh (seuil haut) en 2035.

Sur la géothermie profonde : rien en 2025, mais 120 GWh souhaités en 2030 et entre 160 et 200 GWh espérés en 2035.

Sur le solaire thermique : 41 GWh en 2023, mais 65 en 2030 et 85 en 2035.

Sur le solaire photovoltaïque (qui fournit de l’électricité) : 1 052 GWh existants en 2025, mais 2 200 en 2030 et entre 3 000 (seuil bas) et 4 500 (seuil haut) en 2035.

Sur la récupération de chaleur fatale livrée dans les réseaux urbains : 430 GWh en 2023, mais 2 170 en 2030 (un vrai bond !) et entre 3 710 (seuil bas) et 7 000 (seuil haut) en 2035 !

Autre grand bond sur les combustibles solides de récupération (CSR, les rebuts de l’incinération) : rien en 2025, mais 620 GWh en 2030 et entre 1 070 et 1 350 GWh en 2035.

Sur les réseaux de froid : un seul GWh aujourd’hui mais 20 espérés en 2030 et 50 en 2035.

Reste l’éolien terrestre qui fit débat (l’éolien offshore est hors consultation, étant directement pris en charge par l’Etat). « C’est compliqué, estime Frédéric Motte. Notre région c’est 6 % du territoire national mais 32 % des capacités nationales installées. On estime donc qu’on a contribué, qu’on a largement ouvert les vannes en faisant parfois n’importe quoi n’importe où n’importe comment et le CRé propose de s’en tenir à l’existant, sans donner d’accord à de nouveaux projets pour donc en rester au niveau actuel de 6 594 GWh. »

Large consensus sur les trajectoires énergétiques

Au final, ce travail des experts régionaux confirme bien l’importance de la place déjà acquise de la méthanisation, de la biomasse, de la chaleur fatale récupérée, des réseaux de chaleur en ville, de l’éolien terrestre alors que sont encore peu présents les solaires et les géothermies. La note adressée mi septembre à la ministre parvient à cette conclusion que « le vote portant sur l’ensemble e la trajectoire régionale a recueilli une très large approbation. Ce résultat témoigne d’une ambition régionale forte en faveur de la transition énergétique, notamment dans les domaines du biométhane, des pompes à chaleur aéro thermiques et de la valorisation de la chaleur fatale« . 

« Il faut désormais que les projets remontent des territoires », ajoute Frédéric Motte, qui évoque « un temps de débat démocratique à suivre ». Les élus régionaux seront sans doute sollicités pour donner leur avis à la suite du comité d’experts. L’urgence climatique appelle à la planification pour mieux organiser les défenses régionales face aux conséquences déjà désastreuses du réchauffement dans notre région.

Et un débat politique sur les énergies renouvelables en pleine campagne présidentielle, pour notre part, nous votons pour.