Eramet en octobre à Dunkerque, Li-Cycle à Harnes en février, les investissements suspendus dans les recyclages de batteries automobiles posent questions. 

Le groupe minier français Eramet avait déjà annoncé en octobre 2024 la suspension de son projet de recyclage de batteries de voitures électriques à Dunkerque. Le communiqué officiel ne pouvait être plus clair : « Faute de montée en puissance en Europe des usines de batteries et de leurs composants, il existe aujourd’hui de fortes incertitudes, à la fois sur l’approvisionnement en matières premières de l’usine et sur les débouchés des sels métalliques issus du recyclage. » Un rétropédalage qui ne surprend guère mais qui pose question. « Nous restons totalement convaincus de la nécessité de développer une économie circulaire des métaux critiques sur le sol européen, dont le recyclage des batteries en fin de vie sera un élément clé de la chaîne de valeur future, mais la réalité est que la chaîne de valeur des batteries électriques en Europe connaît un démarrage très difficile », avait expliqué la présidente du groupe, Christel Bories.

Le projet Eramet misait sur un approvisionnement en matières issues des rebuts de production des gigafactories dunkerquoises. Visiblement, la question des débouchés commerciaux en aval devint centrale pour écouler les sels métalliques de nickel, de cobalt ou de lithium issus du recyclage. Aucun client européen ne pointe encore jusqu’à présent à l’appel pour les acheter à Eramet, qui ne trouve pas de sens à les vendre aux Chinois.

Retraits d’ACC

La ministre Agnès Pannier-Runacher eut ainsi beau dire qu’il ne s’agissait pas d’un « renoncement », l’affaire semble bien pliée pour les mois à venir. D’autant que les craintes d’un arrêt de la filière de recyclage des batteries se sont alimentées d’un autre retrait. Début février 2025, c’est le groupe canadien Li-Cycle qui annonçait  la marche arrière pour son projet de site à Harnes. C’était un projet d’envergure nationale, il est en pause alors qu’il prévoyait la création d’une trentaine d’emplois dans la besace ainsi que le traitement initial de 10 000 tonnes de matériaux par an, 25 000 tonnes à terme. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, à peine lancée pour ses deux blocs de gigafactory à Douvrin et Billy-Berclau, l’usine de production de batteries d’ACC (Stellantis, Total via Saft et Mercedes) a reculé en mai 2024 en Allemagne (Kaiserslautern, un bloc) et en Italie (Termoli, deux blocs), levant 850 millions d’euros bancaires pour se recentrer dans le bassin minier français.

 Un milliard par bloc

Le marché des ventes de voitures électriques a nettement ralenti en 2024 avec une part de marché de moins de 14 % en Europe, une première baisse depuis l’envol du marché en 2020. En France, d’après la Plate-Forme Automobile (PFA, les constructeurs et équipementiers), le marché a baissé de 2,2 % l’an dernier avec moins de 1,8 million de ventes neuves (-22% depuis 2019 malgré +47 % en 2023). La nouvelle industrie des gigafactories est très gourmande en capitaux, avec a minima un milliard d’euros d’investissement nécessaire par bloc. De quoi faire réfléchir les industriels et leurs actionnaires face à un marché moins prometteur que prévu. De quoi aussi freiner – momentanément ? – l’ambition plus politique d’une grande vallée de la batterie dans le Nord de la France.

 

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