Elle est la perle du recyclage textile en région, beaucoup disent en France. Emanation du groupe Relais, leader puissant de la collecte nationale, la très impressionnante usine de Relais Recyclage Textile est issue de l’histoire de Minot et des grands chiffonniers du début du siècle dernier. Minot aura vécu, se nomme désormais RRT à Billy-Berclau depuis le rachat par le Relais il y a deux ans et inaugure une nouvelle ère pour transformer des montagnes de déchets textile (textiles) en des tas de choses insoupçonnées, jusqu’à mettre du coton dans les murs avec l’isolant Métisse.

Il faut pouvoir imaginer – et c’est un choc visuel – plus de 700 tonnes de vêtements ou chutes textiles empilées en balles de près de 300 kilos chacune, du sol presque jusqu’au plafond de l’immense hangar-cathédrale planté sur 2,7 hectares à Billy-Berclau depuis 1992, cinq bâtiments de 2 500 m2 chacun pour couper, stocker, effilocher des vêtements usagés. Saute alors aux yeux, presque brutalement, l’image impensée de notre société d’hyperconsommation jetable dont l’effilocheur, ici, tente de limiter les excès.

L’énorme gâchis, matière première du recyclage

L’effilochage est un procédé de recyclage mécanique qui transforme les vieux vêtements ou les chutes de production des « textiliens » en fibres brutes, pour de nouveaux usages. Les millions de pièces viennent de la collecte du Relais, dans les fameuses bornes d’apport volontaire. Relais est un groupe national qui siège à Bruay-La-Buissière, présidé par l’influent Pierre Duponchel, à la tête de 3 600 salariés répartis dans 34 sites (440 salariés à Bruay-La-Buissière). Le groupe domine son marché (40 %) avec 150 000 tonnes collectées et triées chaque année, RRT récupérant pour sa part 15 000 de ces tonnes par an avec 28 salariés à Billy-Berclau.

« Cette capacité de production fait de nous le seul effilocheur français de vieux vêtements avec actuellement 8 000 tonnes effectivement traitées », explique Jean-Luc Dussart, responsable du site depuis 2017, ingénieur textile d’expérience, formé à l’ENSAIT à Roubaix, promotion 1987. Les textiles des bornes du Relais lui parviennent donc, elles sont lavées plusieurs fois, les « cordures » (boutons, glissières…) sont retirées et tout passe dans les machines de RRT pour un effilochage en règle, jusqu’à rendre des fibres recyclées en balles stockées pour de nombreux clients.

Le premier d’entre eux est le secteur automobile (60 %), notamment pour les feutres qui habillent les portes, les coffres, les plages arrière ou les fauteuils avec déclinaisons pour les poids lourds, un travail de recherche étant même engagé pour proposer des effilochés au marché spécifique de la voiture électrique. D’autres débouchés concernent la matelasserie (mousses), le géotextile pour les toits et murs végétalisés, les couvertures de peintres ou de déménageurs, les vêtements de pompiers traités anti-feu, etc.

Le Métisse, la perle de l’isolant textile

C’est aussi un important débouché pour RRT qui envoie chaque année 1 600 de ses 8 000 tonnes actuelles à Stéphane Bally, le directeur référent du site voisin Métisse, lui aussi entité du groupe Relais. On connaît l’isolant à base de coton (85 %) et de polyester, un matériau labellisé biosourcé dont un seul kilo permet de stocker 350 grammes de CO2 pendant toute la durée de vie de l’isolant. Les débouchés sont français (Point P, Castorama, des avancées sur Leroy Merlin) mais près de 40 % du Métisse est exporté aux Pays-Bas (VRK), aux Etats-Unis, en Corée, etc. Le groupe Relais a de l’ambition pour le Métisse, il y a consacré 4 M€ d’investissement à Billy-Berclau.

« Personne ne croyait pourtant au coton dans les murs », glisse Stéphane Bailly au cours de la visite du process. « Métisse, c’est déjà 17 ans d’histoire et je me souviens des premières expérimentations avec le CD2E, c’était en 2004 », intervient Christian Traisnel, ancien directeur du pôle des éco-entreprises de Loos-en-Gohelle. Dans l’usine occupée par 17 salariés, les lignes de traitement récupèrent les balles du voisin RRT pour les traiter en panneaux qui deviendront isolants. Les 15 % de polyester sont fondus à 120 °C avant d’être incorporés en tant que liant pour le coton recyclé. Et ça tourne !

Shein, Temu… des freins pour le recyclage

Le circuit est rompu à l’expérience. Le Relais collecte et trie, RRT récupère tout ce vrac pour effilocher et répartir entre ses clients, dont Métisse sur le même site de Billy-Berclau. Un circuit lui aussi chahuté par la surproduction textile alimentée par l’ultra fast fashion façon Shein ou Temu. « Les gisements sont devenus trop considérables mais il y a peu de coton dans la fast fashion, avec des textiles très souvent de mauvaise qualité et davantage de poussières que l’on doit traiter en tant que déchet industriel banal (DIB) », assure Jean-Luc Dussart pour RRT. « Il faudrait d’autres filières de recyclage, notamment pour récupérer tout le synthétique, ajoute-t-il. Quant au biosourcé, il grignote des parts de marché mais c’est encore lent malgré ses avantages environnementaux, stockage du carbone et économies d’énergie avec des fours moins puissants pour lier les fibres entre elles. »

Le biosourcé représente 15 % du marché de l’isolation en France, c’était 5 % il y a une quinzaine d’années. Pourrait mieux faire, cependant : la capacité de Métisse est de 2 400 tonnes par an, contre 1 600 tonnes traitées aujourd’hui. « On pourrait faire trois fois plus sans souci avec deux usines de plus », assure pour sa part Jean-Luc Dussart à RRT, qui rappelle ses 8 000 tonnes reçues du Relais tous les ans mais qui pourrait en traiter deux fois plus.

Soie, billets de banque, lattes de terrasse…

Mais comment faire davantage ? L’une des voies possibles est celle de la diversification du portefeuille client. Une balle entreposée à Billy-Berclau pèse 270 kilos, un équivalent de 400 jeans recyclés. Entre 70 et 100 de ces balles quittent chaque jour la région lensoise pour de nombreuses destinations après avoir fait travailler trois lignes de traitement, une tonne à l’heure et par ligne. Les vêtements du Relais, jusqu’aux chapeaux, les sacs de jute pour les serres ou le géotextile, les chutes de production pour les matelassiers sont coupées par une énorme machine avant d’être acheminés vers les effilocheuses. « Mais avant d’effilocher, on doit connaître la destination du produit fini », explique Jean-Luc Dussart. On ne travaille pas de la même manière pour les pompiers, les isolants ou des soies et cachemires pour l’industrie du luxe.

Les mises en décharge sont évitées, le prix de rachat du recyclé étant par ailleurs inférieur au prix de l’enfouissement. Quoi qu’il en soit, le textile recyclé de RRT ne doit pas être 10 % plus cher que le textile neuf, énorme consommateur de ressources naturelles et producteur de pollutions comme de nouveaux esclavagismes sociaux.

RRT ? Avec la poussière on fait des montures de lunettes. Les couvertures d’Air France sont à base d’effilochés de couleur. Des boîtes à bijoux sont en feutre recyclé, jusqu’aux billets de banque, coques de téléphone, lattes de terrasse (avec 40 % d’effiloché). Il suffit de démonter le textile pour en récupérer le fil. L’histoire de Minot, dont le nom apparaît en 1902 dans ce même bassin ex-minier de Lens, trouve son origine avec le peuple besogneux des chiffonniers qui faisait déjà commerce, en 1870, du textile récupéré pour être valorisé comme une véritable source de richesse.