L’Université de Lille n’envisage pas de rester au bord du chemin des transitions environnementales et le fait savoir en organisant une conférence sur le réemploi ce 18 juin à l’IAE de Lille. La confrontation des points de vue entre chercheurs et chefs d’entreprise ne peut qu’enrichir la réflexion sur la viabilité des modèles économiques circulaires.

L’ouverture du monde universitaire sur la société est devenue un mantra de nombreux enseignants-chercheurs. L’Epistémè, le cercle d’échanges de l’Université de Lille, est fait pour consolider la tendance en proposant un cycle de conférences sur les transitions environnementales, technologiques et sociétales, dont le premier opus aura pour cadre l’IAE de Lille, 104, avenue du Peuple-Belge, ce 18 juin à 17h30.

Cette première table ronde est consacrée au réemploi avec cette question en point d’orgue : comment rendre l’économie circulaire désirable (l’environnement n’est pas une contrainte), réalisable et viable (marchés, réglementations…) ? Xavier Weppe et Denis Voinot sont chercheurs, le premier s’attachant à la dimension stratégique des nouveaux modèles économiques, le second s’attardant davantage sur les questions réglementaires qu’ils posent. Charles Christory pilote pour sa part Le Fourgon à Wambrechies, la success story du retour de la consigne dans la région, et Anthony Ponthieux vient d’installer PResRv dans le paysage régional des plateformes de réemploi des déchets du bâtiment à Roubaix.

Deux chercheurs, deux dirigeants d’entreprise

Les quatre intervenants devront baliser un champ toujours compliqué, celui de la place de l’économie circulaire dans une économie générale chargée de lui concéder une position au nom de la lutte contre l’emballement climatique mais qui rechigne à concrétiser durablement cette injonction. La loi AGEC de 2020 sur la chasse au gaspi et l’économie circulaire ne satisfait pas toutes ses promesses et fait l’objet de regrettables détricotages. La généralisation de l’écoconception est loin d’être acquise, les analyses en cycle de vie ne sont pas encore obligatoires, les taux de valorisation de nombreux déchets n’atteindront pas les objectifs fixés par la France ou l’Union européenne dont le Green Deal (Pacte vert) fait l’objet d’inquiétants reculs (lois Omnibus).

« L’économie circulaire, on en parle beaucoup, les modèles émergent mais nous sommes encore en plein défi du passage à l’échelle », explique Xavier Weppe. Pour la plupart des acteurs économiques, ce passage emprunte d’abord par une sécurisation de la chaîne de valeur. C’est le point d’entrée pour assurer la rentabilité des process et des modes d’organisation alors que les matières vierges restent généralement plus compétitives que les matières recyclées et que les modèles gourmands en exploitation des ressources naturelles continuent d’être favorisés.

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L’économie du réemploi cherche sa valeur

Pourtant, les filières de réemploi (zéro carbone) se structurent, les industriels intègrent de plus en plus de matières secondaires dans leurs processus et la notion d’usage (durabilité) gagne un peu plus de terrain chaque jour sur celle du tout-jetable.

Trop timidement ? Comment ne pas réduire l’économie circulaire au simple et seul recyclage ? Comment mieux réduire les flux de matière et d’énergie, et concevoir des produits vraiment durables par le réemploi, la remanufacture, la réparation ou le reconditionnement qui ne sortent pas les produits du marché, mais qui les y replacent en prolongeant leur valeur ? Comment faire en sorte que le recyclage n’intervienne qu’en dernier recours puisqu’il incorpore très souvent une part de matière neuve ?

En économie circulaire, la valeur ne disparaît plus au moment de la vente, elle continue d’exister par le renouvellement de l’usage du produit. Cela améliore les marges, offre des visions de développement à plus long terme, soutient les trésoreries, limite les importations, encourage l’emploi local, rassure le banquier, apporte du sens dans les affaires.

Rendez-vous le jeudi 18 juin à l’IAE.

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